Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

10/09/2006

A la recherche du temps perdu. Le goût du porridge à Beyrouth

- Alors quoi du neuf mon ami?
- Non, on se maintient mon colonel, je suis un peu fatigué aujourd’hui, c’était le week end et on est tous rentrés tard ; on avait pas l’envie de regarder Mme Segolen au JT et on a parlé un peu de tout. Mais vous n’allez pas me croire, mon colonel
- Ici, le mensonge est interdit mon ami. Vous me connaissez
- Je vous connais bien mon colonel maintenant avec le temps et si un jour on me demande à rendre des comptes, je note tout sur mon agenda je suis sur de ne pas me tromper. Comme ça on peut tout expliquer le pourquoi et le comment. Mon colonel, on tombe tous à genoux quand je rentre à la maison, d’abord parce qu’on est tous crevés par le Week end qu’on passe pas à Deauville mais à la Paillade et ensuite quand ils faut m’écouter parler de ma journée ici dans votre belle villa avec le mobilier de je ne sais quel Louis, celui qu'on a décapité chez vous. Je peux dire tout tout sur votre travail, il y a rien de mal mon colonel ?
- Vous êtes libre mon ami comme l’air et la république vous accorde tous les droits, vous le savez bien, évidemment il ne faut pas abuser comme font vos compatriotes. Je vous classe à part, vous vous êtes un pur
- Mes enfants ils aimeraient bien vous rencontrer un soir ; mais je leur dis, pas maintenant c’est trop tôt, il faut attendre la bonne occasion , mais ça viendra, je les calme, mais à chaque fois ils insistent, ils me disent, il faut qu’on le voit ton colonel vite et qu’on lui parle. Je ne me fâche pas car ils m’écoutent, je ne veux pas qu’il leur arrive quelque chose et qu’un beau jour ils se cachent dans un poste transfo. On apprend mon colonel avec le temps et on n’oublie jamais, une fois que le livre est refermé, on regarde le ciel avec les fumées des chaudières et on se dit, un jour que l’immam de la mosquée il a raison sur le fonds. Tenez, et si vous me parliez du Liban, vous avez fait du bon travail là bas encore et vous avez je crois gagné deux étoiles sur vos manchettes et les épaulettes. Votre costume il est aussi beau que la pays du miel et de l’encens.
- Mon costume me va bien, je le sais,
- Comme un gant, mon colonel, comme un gant qu’on a jamais envie de jeter même quand on a perdu l’autre
- Inutile d’en rajouter, je sais que vous voulez me faire plaisir
- Mais si mon colonel, parlez moi de la Suisse du moyen orient. Je pourrai faire encore plaisir à, ma famille si je leur dis tout ce que vous savez. Je vois que vous êtes encore triste mon colonel, non, ça ne va pas s’arranger. Je comprends mieux désormais pourquoi derrière votre sourire d’homme du monde, il y a je ne sais quoi de tristounet, d'inquiet, de doute. Je vous ai cru au début, vous êtes finalement un bon comédien, mon colonel. je comprends pourquoi maintenat vous gagnez au poker quand vous vous réunissez avec les voisins d'en dessous. Mais à moi, me faire le coup de l’homme heureux, impossible vous vous trompez sur moi, on est comme deux freres Abel et Caen, si vous permettez la comparaison. En fait, il y avait je ne sais quoi qui ressemble ces derniers jours ,à un petit malaise derrière votre bonne humeur, si peu contagieuse en ce qui me concerne. Je ne l’ai pas vu tout de suite. Mais j’ai quand même remarqué que vous avez mis beaucoup de gel ce matin mon colonel sur vos cheveux. Et là, je me suis dit, qu’est- ce qu’il nous cache encore le colonel. Une dispute avec Madame à cause de Fatima qui ne veut plus repasser vos cols amidonnés ?. Ce n’est pas la raison. Quand je vois que vous vous donner un mal de chien à être heureux, je ne vais pas vous dire que cela passera comme une aspirine pour un mal de tête pour vous faire plaisir. Oui, je comprends que vous vous préoccupiez tant de vos troupes. Vous avez des raisons d’être inquiet, vos soldats, nos soldats, je dois dire ont commencé à patauger dans le bourbier libanais ; Et quand je dis patauger, je sais de quoi il en retourne.
- Ah, mon ami, vous allez encore m’émouvoir, il ne faut pas vous écouter sinon, je vais devenir neurasthénique. J’ai encore le goût de ce porridge que je prenais à la terrasse du café de Paris dans la rue Hamra, l’avenue des Champs Elysées de Beyrouth !

08/09/2006

A la recherche du temps perdu. Les étoiles ne brillent plus en orient

- Vous me parliez de travail
- Oui, mon colonel, vous en avez abattu du travail et pas seulement que du travail
- Si c’était à refaire, ce serait avec plaisir
- Ah, bon. En tout cas, aujourd’hui, vous les aimez bien les arabes. Le couscous, le rai, la danse et Zidane. Mais dites moi, alors pour quelle raison vous allez pas là bas ? Il y a des voyages organisés, pour les cimetières, les maisons où on est né, les rues où vous achetiez les beignets. Pourquoi, vous n'allez pas là bas? Un petit tour, avec les officiels d'abord et le jour même on vous emmènera voir la maison où vous êtes né. L es voisins de palier ils vont pleurer un peu, c’est sur, on est sensibles dans les bleds. Ca fait du bien l'émotion et vous repartez chez vous avec des photos et tout le monde ils sont contents. Après vous racontez à vos enfants et vos petits enfants qu'ils ont tout massacré, qu'ils respectent rien, qu'ils ne méritaient pas qu'on s'occupe d'eux. Mon colonel, je dis moi que c'est extraordinaire de retourner sur les traces de son passé, de se plonger dans les souvenirs, de retrouver un peu les images, de fouiller le sol, de gratter et même de trouver de la merde, beaucoup de merde. Mais, moi, je vous comprends, je crois que je suis le seul du quartier qui vous comprend.. Avouez que c'est quand même un peu contradictoire. Un jour, vous leur mettez des électrodes aux couilles, le lendemain vous vous jetez à leurs pieds. Vous n'êtes pas le seul à agir ainsi, si cela peut vous soulager la conscience. Moi, franchement et j’en discutais avec mon cousin , c’est un mozabite de Ghardaïa, je crois que vous êtes un peu perdu avec tout ce qui se passe ici.. Le matin, vous engueulez les gars des marteaux piqueurs qui vous construisent une belle mosquée à 18 km de chez vous. Le soir vous engueulez votre femme qui vous demande d’aller chercher une bouteille pour son coq au vin et heureusement l’épicerie du marocain est ouverte à 22h. C’est pas une heure pour les braves, dites mon colonel ?
- C’est bien vrai, ouvert 7 jours sur 7 et presque 24 h sur 24. !
- Laissez moi vous passer la serviette autour du cou. Vous transpirez beaucoup ces derniers temps. Je vous conseille l’eau de lavande de Tlemcen. Elle sent bon les oliviers et le thym. Ce n’est pas comme chez vous où tout est chimique. Voilà, c’est mieux, n’est ce pas, un petit rien et vous repartez comme en 60 j’ai pas dit 62, mon colonel, attention, il faut pas se tromper sur les dates ; bref, j'ai comme le sentiment que vous cherchez par tous les moyens à vous déculpabiliser. C'est vrai que torturer les gens, ça doit laisser de traces. Buvez votre café, je vois que bien que cela vous travaille.
- Quoi la torture ? Quelle torture, vous permettez, ça je ne peux pas le laisser passer même si on a des rapports d’amitié
- Des rapports ?
- Oui, j’ai bien dit d’amitié, une amitié séculaire entre nos deux peuples, forgée par le destin de deux nations, de deux peuples indissolublement liés à la vie , à la mort, c'est comme ça , la devise de mon régiment..
- vous confondez pas un peu les pays, nous , c’est pas l’europe, ni l’Allemagne, ni le Liban
- Vous vous éloignez mon ami. Un interrogatoire , c’est pas la torture, il y a des moyens de pression et on s’arrête juste avant, ça n’a pas changé depuis …...
- …..Depuis Abdel Kader mon colonel et quant ils l’ont pris, ils l’ont interrogé, et ils l’ont pressé, comme vous dites. Oui comme un citron et nous on a perdu la face et le soleil s’est couché et la lune et les étoiles. Ce jour là même les bergers de la plaine de Djelfa se sont perdus, les diamants du soir ne brillaient plus pour guider les chameliers de Tamanrasset, ni pour les âniers de Djanet qui redescendent du plateau d

Un grand Orientaliste (2). A la recherche du temps perdu

- Mon colonel, vous faites plaisir à voir ce matin. Comme la veille, kif kif, le teint frais, et pas un gramme de plus autour de la taille
- L’entraînement mon ami et vous devriez faire pareil, je vous trouve par contre le teint un peu gris et j’ai comme l’impression que vous maigrissez à vue d’œil, mais ça vous va bien. Une taille fine, ça vous conserve.
- Normal, mon colonel, ils m’ont enlevé la vésicule la semaine dernière.
- Ah bon, mais il faut vous reposer mon ami..
- Pas le temps, mon colonel, pas le temps.
- Eh bien moi, vous savez, avec mon petit footing chaque matin, je me sens requinqué; Je vais vous donner un bon tuyau, vous m’écoutez, non c’est vrai, j’ai comme l’impression que vous êtes un peu ailleurs aujourd’hui, qu’est ce qui vous arrive encore ?
- Rien mon colonel, justement rien, la vie de tous les jours, c’est chaque jour la même chose
- J’insiste, :mettez vos addidas et un petit trot du côté de la voie du tramway, la nouvelle, elle n’est pas longue; ce n’est pas compliqué, vous verrez, ce n’est pas désagréable avec ce petit mistral
- Mon colonel, ce n’est pas des addidas, mais c’est tout comme, c’est ce que je mets tous les jours de l’année pour venir chez vous
- Adidas, c’est une bonne marque
- Je ne vous dis pas le contraire, moi j’ai pas de préférences, et le trajet que vous me conseillez, je le fais tous les jours
- Je ne vous ai jamais vu mon ami, vous me racontez des sornettes
- Qu'Allah me ferme les portes du paradis, si je mens mon colonel
- Ne jurez pas mon ami, ici, c’est interdit ; du calme ! Vous êtes tous pareils, dés qu’on vous contredit, vous mettez la pagaille. Regardez où ça vous a mené, la guerre des banlieues, hein pour pas grand chose !
- Je pose les carrelages, les pavés
- Mais, c'est formidable. Si vous les posez comme vous avez fait pour la salle de bain de ma femme, félicitations, mon ami
- Il faut bien faire des heures sup
- Mais c’est interdit par la loi, vous savez ce qui vous en coûtera si vous enfreignez les règlements ?
- Je sais mon colonel, et ma fille et mon fils c’est pareil, j’oublie ma femme aussi qui travaille chez le docteur. On bosse comme des ânes, on dit chez nous, vous connaissez l’expression, " brel "
- Rien qu’en vous entendant avec votre accent inimitable, j’ai l’impression de revenir plus de 40 ans en arrière
- Moi j’aime bien quand vous me parlez du passé
- Vous êtes un grand sentimental, qu’est -ce que vous voulez que je vous raconte ?
- J’aime quand vous me parlez de votre travail
- Evidemment que je l'ai fait mon travail. Un travail, propre, net, sans bavures. Qu'insinuez vous? J’ai toujours aimé servir sous les ordres.

06/09/2006

Un grand orientaliste

- Mon colonel, mon colonel ! Que se passe t il ? Dans le son de votre voix, il y a je ne sais quelle fêlure. Vous n'avez pas attrapé froid ce matin ?. Vous êtes toujours avec votre damar et votre robe de chambre en poil de chameau ramené par votre neveu du sud, de ce bled où vous avez fait vos dernières armes et dont vous ne voulez me parler que quand cela vous arrange. Je sais bien que vous êtes un grand orientaliste, il suffit de voir ce que vous avez accroché aux murs de votre salle de séjour et dans le couloir d'entrée. mais puis- je vous donner un petit conseil mon colonel

- Faites donc mon ami, je vous écouterai

- je n'en suis pas si sur

- Attention, vos peaux de chèvre sont en train de pourrir, je vous signale. Elles dégagent un relent de pourriture lorsqu'on passe devant. Je pense qu'il vaudrait mieux les enlever

- C'est que je les aime bien mes guerbas

- Demain , vous ne revevez pas dans votre salon une délagation de harkis ?

- Heureusement que vous m'y faites penser.

- Qu'est ce qui vous a poussé à écrire un petit discours sur ces gens là et les traiter d' incapables dans votre rvue des anciens du bled. Et est - ce bien utile de montrer ces photos de tous ces gens à moitié nus avec des maisons qui brûlent derrière. On vous reconnaît bien au premier plan, vous m'avez l'air heureux sur cette photo

- A mettre au musée, je crois qu'ils sont en train de préparer une expo sur le pays. Dés que ça ouvre, je vais jetter un coup d'oeil pour voir si je ne rencontre pas de connaissances

- J'en doute mon colonel

- Regardez moi ça, vous avez raison, de l'argentique bien cadré. Un peu sépia les teintes mais ça vaut le cioup d'oeil, n'est-ce pas? Des as, ces photographes. Avec un bon peitit éclairage, ils ont le don de redonner vie aux souvenirs. Ah les bons moments, nous en avons connu des bons moments Si vous aviez vu la forme que nous tenions à l'époque. On n'avait pas besoin de nous forcer à la tache. Le devoir nouis intimait d'aller de l'avant. Et on le faisait, pas de tire aux flancs, croyez moi. On se tenait les coudes, pas un qui bronchait devant les petits problèmes qu'on rencontrait de temps en temps, c'était normal. Il faut dire qu'en face, ils n'étaient pas toujours accomodants. Mais c'est comme ça qu'on se fait des amis à vie dans notre grande muette.

- On ne peut pas dire que vous n'avez pas fait votre travail à l'époque.

- De l'excellent travail, mon ami, nous étions les meilleurs pour défricher ce terrain de sauvages , de gens incultes et reprendre tout en main. Vous savez je n'ai fait qu’obéir aux ordres, faire mon devoir.

- Mon colonel, je ne vous apprendrai rien, mais rappelez-vous, ce n'est pas si loin que ça, c’est ce qu’ils disaient tous lorsqu’on les interrogeait à Nuremberg.

- Je ne comprends rien à ce que vous me dites, je ne vous suis plus, il ya des moments où je me demande si vous ne perdez pas la boule, pour un figaro, c'est la catastrophe. Reprenez vous mon ami et dites, ce n'est pas moi qui tient cet coupe coupe, mais j'ai l'oeil bien exercé. Si vous pouvez me reprendre par là et par là et un peu ici, avec votre fameux rasoir, je crois que vous reussirez comme d'habitude une coupe de tonnerre. Lorsque ça souffle, et que je prends l'air, je mets mon képi et je n'aime pas, mais alors pas du tout que ça décoiiffe!