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27/10/2006

Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Présentation

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Réactions libanaises aux envahisseurs romains
Par rapport aux autres envahisseurs qui avaient déferlé sous les cieux orientaux, les habitants eurent donc à faire face non pas à des barbares qui sèment la terreur sur leur passage et laissent un pays exsangue, mais à une domination intelligente, réfléchie, voire souvent teintée de sensibilité. Comme il y avait une grande part de calcul dans l’établissement des rapports avec l’autochtone, le contact avec celui-ci dans le cadre pratique de l’exercice de l’autorité, s’évertuera pendant de longues périodes à rester humanisé.
Dès le début, celle-ci, lorsqu’elle se manifesta, fut rarement arbitraire, encore moins dictatoriale (sauf lorsqu’elle se sentait menacée). Ainsi, cette osmose entre le peuple romain et l’oriental va pouvoir s’exprimer, sans entraves à tous les niveaux, aussi bien militaire et politique que culturel et religieux.

Succédant à Pompée, Jules César prit le parti de s’attirer les bonnes grâces des hauts responsables syriens en les désignant à de hautes fonctions dans la nouvelle administration romaine. Lui même s’établit à Antioche. Mais ce fut avec l’empereur Octave, fils adoptif de Jules César, que la création de l’Empire romain débuta véritablement. Octave se vit décerner pour services rendus au pays le titre d’Auguste après qu’il eût vaincu trois ans auparavant à Actrium (en 31) Marc Antoine, lequel décidera de se suicider avec Cléopatre.
Ce titre permettra à Octave de disposer de moyens exceptionnels pour gouverner et restructurer des institutions républicaines qui avaient grandement souffert des guerres civiles. Le Sénat continuera à exercer son autorité sur l’Italie et Rome, mais par contre à l’extérieur du pays, les provinces seront placées sous l’autorité directe des légions et des armées d’Auguste.

Un tel ordre ne pouvait qu’être bénéfique à la capitale et à ces provinces. Ce sera la période de la Pax Romana. Dans l’histoire de l’Empire, certaines villes, Antioche, Bérytus, comme nous l’avons dit plus haut jouiront avec le temps d’un certain prestige. Mais pour leurs gouverneurs, les routes qu’il fallait tracer et construire pour se rendre d’un point à l’autre de Empire, transitant par les postes et forts qui dominaient, contrôlant l’accès de ces cités, méritaient un soin particulier, ne serait-ce que pour permettre le déplacement rapide de troupes, l’échange de correspondances et l’acheminement de marchandises.
Sans atteindre en comparaison l’extraordinaire réseau routier qui en Afrique du Nord finit par atteindre 20 000 Km de voies pavées, le long de la côte, de la Syrie à Jérusalem le parcours s’avérait relativement facile. Par contre la montagne constituait l’obstacle naturel le plus gênant à cette entreprise de génie civil qui allait perdurer plus de trois siècles.

De nos jours, le promeneur qui a l’occasion d’emprunter un ancienne voie romaine percée dans la muraille calcaire libanaise, comprendra les difficultés qui se sont posées aux bâtisseurs de route de l’époque. Il n'empêche qu’à aucun moment, le culte rendu aux divinités ne s’est interrompu quels que soient les problèmes techniques de la construction. Régulièrement, selon les désirs des empereurs, exprimés depuis la capitale auprès des gouverneurs syriens ou sur place par les notables qui aimaient à se faire valoir auprès des autorités romaines, des changements légers ou profonds étaient opérés à l’architecture du temple.
Agrandissements, nouvelles pièces, décorations particulières, embellissements divers, pose de statues au niveau des galeries, le style, quant à lui, restait fidèle aux nouveaux principes de l’époque qui cherchait à s’éloigner le plus possible de l’ancien classicisme grec. Les siècles qui s’écouleront ne changeront pas grand chose à cette volonté d’exprimer la grandeur au service du religieux. Finalement, les difficultés multiples rencontrées par les architectes de l’époque seront résolues et dépassées. L’homme restera fidèle au service des dieux car il se devait de les honorer en permanence en dépit des vicissitudes de son existence.
Car, pour le voyageur comme pour le commerçant, pour le navigateur ou le pécheur qui partait au large jeter ses filets et rentrait au port sa barque légère, pour le paysan soucieux de sa récolte, craignant la grêle et inquiet des nuages qui s’amassaient à l’horizon, pour le citadin et père de famille, pour le soldat, pour l’empereur, le temple et l’autel font partie intégrante du décor. Ils sont les jalons de toute une vie.
La victoire sur un plan militaire comme la réussite sur un plan social, le vœu à exaucer ou la quête du meilleur lendemain transiteront obligatoirement par la prière adressée à l’au-delà. L’autel sera le récipient de toute cette ferveur projetée vers les cieux. Il deviendra donc le pèlerinage quotidien pour les uns, l’arrêt, l’étape indispensable, pour les autres.

Aux voyageurs soucieux de s’attirer les grâces divines, aux passants qui veulent glorifier les dieux de l’Olympe, les temples libanais et syriens éparpillés dans tout le pays, de la mer à la plaine, de la plaine aux sommets des gorges, d’Antioche à Palmyre, sur la Phénicie de Tyr à Byblos, offriront tous leurs chants d’espoirs avec leur cella20, espace clos et sombre pour les officiants et leur parvis ensoleillé à la dévotion des pèlerins. Construits le plus souvent avec faste, parfois seulement dans un simple appareillage de moellons bruts mais émergeant dans un décor grandiose qui les mettra encore plus en valeur, toujours unis à la nature, voire confondus avec l’élément céleste, ils ne s’élèveront la plupart du temps au regard qu’à partir de points culminants.

On les découvre, murs de pierres sèches s’élevant au milieu des vignes et des champs de blé, à moins que dans un bourg misérable, ce ne soit qu’un autel de taille modeste mais toujours savamment décoré. Ailleurs, dans la cité florissante, riches et parés, cernés des torses cuirassés victorieux et de visages altiers, donateurs sculptés et immortalisés dans le marbre, ils seront nombreux sur les places et en haut des bosquets, à établir le lien entre l’homme et les dieux. C’est à celui qui rivalisera par son air de grandeur, de solennité, de magnificence.

L’art romain, à travers ses différentes manifestations, se devait de paraître imposant et solennel ; pour des raisons compréhensibles, le prestige, l’orgueil, se répercutera ostensiblement sur le plus petit édifice et sur la moindre pierre de sa construction afin de magnifier la puissance de l’Etat
On pourrait penser que le littoral libanais n’a pas compté dans l’implantation des édifices religieux romains. En fait, cette présence s’est manifestée concrètement dès le début de l’Empire dans les villes comme Tyr, Saida, Beyrouth, Byblos, Batroun, Tripoli. Dans ces cités, les habitants, rendaient hommage comme il se doit aux dieux qu’ils gratifiaient dans leurs temples respectifs.

Les fouilles entreprises au centre ville de Beyrouth depuis 1993 font apparaître des témoignages suffisamment éloquents sur cette période (pièces de monnaie représentant un temple, dédicaces au dieu et à l’empereur etc.) pour lever les doutes quand à l’existence de temples en milieu citadin et dans le contexte du littoral.
Mais les destructions, tremblements de terre, pillages, se sont chargées au fil du temps, d’éparpiller les éléments caractéristiques de la construction des temples tels les blocs et moellons spécifiques, sans parler des tambours de colonnes et chapiteaux utilisés à n’importe quelle fin. Nous partirons donc à la recherche de témoignages un peu plus consistants même s’il s’agit de ruines, en dirigeant nos pas vers trois aires du pays qui se regroupent pour former la montagne libanaise.

Commentaires

instructif

Écrit par : pierrot le zygo | 27/10/2006

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