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30.10.2006

Exemple de Discours à ne pas prononcer à l'Elyséée en ce jour de la Toussaint

Ce jour ci,
Président, avec ou saint Sacrement
Pdg, huissier, soupe au lait
Employé, épicier, fermier
Dans les tours, bourgs, faubourgs
Aérodromes, baisodromes
Palais et prieurés,
Ils voulurent l’ouvrir, Leur grande gueule,
mais je tenais à leur rappeler quelques vérités pour mes aïeuls

Ce ne fut pas à sept mais sûrement huit qu’ils se réunirent
En cette année d’Algérie 1958
Ce ne fut pas quelque part mais d’une étable
Que le complot prit forme autour d’une vieille table.

Ce ne fut pas une salve au petit bonheur qui permit l’horreur
Mais la balle perdue des leurs qui toucha le petit instituteur.
Ce ne fut pas de grands enfants
Mais des serpents

Ce ne fut pas un « je vous ai compris »
Qui interdit de remplir cales et ponts sans aucun répit.
Ce ne fut pas vers l’autre rive un aller retour
Qui fit de cet ultime voyage un grand jour

Ce ne fut pas l’accès aux cités dortoirs
Qui délivra de tous les devoirs.
Ce ne fut pas sur les monuments impassibles de belles envolées
Qui pansèrent les années fanées

Ce ne fut pas les arriérés de pensions
Qui purent arrêter l’émotion.
Ce ne fut pas les vitrines des musées encombrées de lauriers
Qui délivrèrent du passé muet.

Ce ne fut pas un magnifique symbole
Que cette obligation d’aumône.
Ce ne fut pas un français mais un handicapé
Que ce rapatrié dont on se chargeait.

Ce ne fut pas une victime mais un léger ennui
Que ce vieil homme plongé dans sa nuit.
Ce ne fut pas au passé mais à présent
Qu’on décida calmement mais très fermement

De tirer à jamais
Un trait épais
Bel et bien noir
Sur le pied noir


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28.10.2006

Pourquoi durant le Ramadan avoir les dents saines et l’haleine fraîche ne riment pas forcément ensemble.

Des effets néfastes pour l'individu d'une diette forcée

Il est curieux de constater qu’aux pays de l’Islam,
Toutes tendances politiques confondues,
La religion, flambeau de peuples mais piètre flamme
Est d’un piètre secours lorsque l’estomac est à nu

Cruellement, le pèlerin et auguste croyant
A des périodes bien déterminées
Quand bien même trop décalées tout l’an
Admet que son corps est bien négligé

Oh loin de moi, galette des sarrasins
Couscous aux épices poivrées
Bières aux comptoirs lie de vin
Mets parfumés et étreintes adorées

Je n’ai, disait cet amateur de fumées
Que tiré une dernière bouffée aux aurores
Serré ma ceinture qui baillait
Sorti au son du coq ma montre dehors

Triste jour que cette aube sans promesses
La devanture s’est refermée sur les zlabillas
Penser à la chorba, serait ce quelque faiblesse ?
Vais - je ou ne vais- je pas passer à trépas ?

Vivement le croissant au ¼ de tour dans la nuit noire
Bravo, le mugissement du muezzin
Vite, enfilons la djellabah pour m’asseoir
Rapidos, mes versets pour qu’ils prennent fin

6H du soir ; je dîne
Minuit, il fait gris, j’ai faim
3H, je faiblis et re- dîne
6H, j’ai bien faim



Ayant parcouru de long en large des régions au croissant pas toujours fertile,
foulé le sable du désert dont le sable porte l’empreinte des croyants mahométans,
passé sous le porche des mosquées aux murs lézardés ou dorés, écouté murmurées les sourates ;
Frère musulman, je pourrai te plaindre mais au fond comment ne pas t’envier
Car sans remède, ni conseil de diététicien,
par miracle tu réussis d’année en année , de siècle en siècle
à concilier cœur, raison, corps .
En quelque sorte tu reprends le miracle de la Trinité.
Félicitations pour perpétuer le sacrifice de soi
( A ton compte )

Itinéraires pour temples romains du Liban. Conseils

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ROUTES ET SENTIERS
Faut-il voyager en solitaire ou accompagné ? En Pullman, avec son véhicule personnel, sur deux roues, qu'importe le choix, mais l'état des routes d’une part et le type de tourisme envisagé d’autre part orientera celui ci. Dix sept années de guerre ont marqué profondément le réseau routier libanais. En dehors de grandes et moyennes agglomérations, la campagne reste comme partout ailleurs tributaire des décisions de la capitale et dépend essentiellement des crédits du Ministère des Travaux Publics. A ce jour, un important effort est réalisé pour réparer les routes endommagées et créer un nouveau réseau mais beaucoup reste à faire. A noter heureusement (pour ce qui est évidemment des accès principaux) que certaines routes de la Békaa, région où les temples sont les plus nombreux, viennent de bénéficier récemment d'un asphaltage, ce qui permet dorénavant d'envisager des parcours dans de meilleures conditions que dans le passé. Souvent, il sera préférable de poursuivre le chemin à pieds. C'est la meilleure solution qui s'impose parfois. Il n'est pas inutile de se munir en fonction des itinéraires, surtout lorsque les sites sont en haut d'une crête, de chaussures de marche solides et fermées pour se protéger des ronces et buissons épineux.
La meilleure saison pour les découvertes reste le printemps et l'automne, ce qui n'empêche pas de prévoir Kway et pull dans le cas d'un retour tardif. Signalons que les routes, anciennes ou toutes nouvelles, restent toujours très mal balisées. Les panneaux indicateurs sont trop rares surtout en province et il est parfois irritant, lorsqu'ils existent, simplement en langue arabe, de ne pas savoir si on est arrivé dans la bonne localité. Heureusement les habitants sont très serviables et suffisamment polyglottes (sans oublier les jeunes et les enfants) pour résoudre ce problème.
Localisation des sites : l'auteur, assez souvent, a noté leurs coordonnées par GPS, moyen infaillible de repérage. Pour ceux qui disposent de cet instrument de navigation, ces coordonnées définissent immédiatement sans tâtonnements les lieux cités. Sur une carte classique du pays certains villages ne sont pas inscrits ; il en est de même pour les nouvelles routes créées ces toutes dernières années qui ne figureront donc pas davantage sur ces cartes. La meilleure solution pour éviter les pertes de temps, reconnaissons-le, malgré le handicap de la langue, est évidemment de se renseigner souvent. Les distances qui sont indiquées à la fin de cet ouvrage ont été calculées à partir du rond-point de Dékouanné, repère situé en plein cœur de la capitale et non pas à partir du centre ville en pleine reconstruction. En cours de trajet, pour avoir une idée exacte de la distance d'un village à un autre, d'une place au temple romain recherché, il est inutile de solliciter la précision auprès de l'autochtone, puisque le chiffre varie énormément. Une réponse quand au temps indispensable pour atteindre l'objectif et dont il faut se méfier énormément est - Hamsé dia - qui signifie à cinq minutes d'ici. Il suffira de multiplier par un coefficient qui peut aller de 2 à 10 l'indication fournie. L’information émane d'un interlocuteur sympathique et réellement soucieux d'aider le voyageur étranger qui restera évidemment perplexe. Pour ceux qui désirent visiter plusieurs temples dans la même journée, des suggestions de trajets sont proposées. Un conseil : pour demander son chemin, faire attention à la prononciation ! Il suffit de très peu de chose lorsqu'on cite le nom d'un village, même à plusieurs reprises (h aspiré au lieu d'h expiré par exemple) pour prendre sans s'en douter la mauvaise direction. Nous aurions aimé être plus précis mais au fait, n'est-ce pas se priver d'un peu d'aventure lorsqu'on a décidé d'effectuer ce type d'excursion ? Il y a, il y va sans dire, nous ne les oublions pas, les agences de voyage qui s'attachent à proposer les sites les plus classiques et nombreuses sont celles qui proposent un ensemble de circuits qui comprennent la visite des temples les plus célèbres. Naturellement à l'avenir, dans le cadre de cette démarche, elles pourraient aller plus loin : amener le touriste épris plus ou moins d'archéologie, hors des sentiers battus dans un autobus climatisé qui le conduirait à destination sur certaines pistes de la Békaa, ou à défaut le transporter le moins inconfortablement possible dans un tout-terrain. Certaines agences de tourisme vont jusqu’à proposer un circuit complet, du Tour Operator. On utilisera ces services, ou au contraire, on gardera de ces prestations un bien mauvais souvenir. La réussite ou la déception seront au bout du voyage. Le temps n’est guère élastique et des déplacements excessifs risquent d’émousser la sensibilité, lassant finalement des âmes bien intentionnées. Une dernière précision avant de clore ce chapitre, bien que ceci dépende de la volonté ou du désir de chaque individu qui souhaite s'imprégner des us et coutumes d'un pays. Nous proposerons deux solutions : - Faire un petit effort de communication. En fait, il semble que - Assar Romani - (Les ruines romaines) restent le meilleur mot de passe pour arriver à bon port : - Montrer à votre interlocuteur un papier qui précise en arabe le lieu ou la destination du site avec son illustration éventuellement. Normalement, ce devrait être suffisant pour arriver finalement sur place à l’aide de ce guide. Mais, s'il devait s'agir de cet ouvrage, il est probable que la curiosité aidant et le feuilletage exécuté en tous sens, les villageois laissent une trace indélébile de leur amicale sollicitude !
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SUGGESTIONS POUR 21 CIRCUITS (AR Beyrouth)

1. MACHNAKA, YANUH, AFQA : 150 KM
2. KALAAT-FACQRA, GHINE : 145 KM
3. EDDE, CHAMAT, HARDINE : 210 KM
4. SARBA, KALAA, KALAAT FACQRA : 150 KM
5. SFIRE, MAQAM-EL RAAB, AKROUM : 340 KM
6. BZIZA, AMIOUN, KSAR-NAOUS : 250 KM
7.DER QALAA, AÏNTOURA, TARCHICHE : 110 KM
8. CHIIM : 100 KM
9. BAALBECK : 190 KM
10. RAS-BAALBEK, LABOUE, NAHLE : 135 KM
11. IIAT, KSAR EL- BANAT : 220 KM
12. DEÏR EL AHMAR, NABA KEDDAM, YAMMOUNE : 220 KM
13. HADET, SARRAÏN, KSAR NABA : 240 KM
14. TAMNINE EL-FAOUKA, NIHA, FOURZOL: 160 KM
15. MAJDEL ANJAR, KFAR ZABAD, AIN EL BAYDA : 145 KM
16. DAKOUE, KSAR EL-WADI : 140 KM
17. MDOUKHA : 160 KM
18. BAKKA, YANTA, HELOUA : 180 KM
19. KIRBET KNISSE, DEIR EL AACHAER : 190 KM
20. AQBE, NABI SAFA, AIN HIRCHA : 170 KM
21. HEBBARYE : 210 KM

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Par dessus ces cieux si lointains,
Sur de fiers souvenirs dispersés
L’écho jaillit en vain.
Fleurs fanées pour l‘éternité,
Miroirs de splendeurs,
Ils s’alanguissent sans espoir.
Vos autels calcinés, pour l‘heure
Parés de l’odieuse mousse noire.

Chaque lendemain
Surgit le spectre du passé.
Sur votre monde trop romain,
Aujourd’hui la rosée glacée
Réchauffe votre matin et l’astre en deuil
Sur votre granit finement délabré
Dans la poussière dorée cueille.
Votre piètre renommée. Sanctuaires, tristes mouroirs.

Enfin la gloire !

27.10.2006

Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Présentation

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Réactions libanaises aux envahisseurs romains
Par rapport aux autres envahisseurs qui avaient déferlé sous les cieux orientaux, les habitants eurent donc à faire face non pas à des barbares qui sèment la terreur sur leur passage et laissent un pays exsangue, mais à une domination intelligente, réfléchie, voire souvent teintée de sensibilité. Comme il y avait une grande part de calcul dans l’établissement des rapports avec l’autochtone, le contact avec celui-ci dans le cadre pratique de l’exercice de l’autorité, s’évertuera pendant de longues périodes à rester humanisé.
Dès le début, celle-ci, lorsqu’elle se manifesta, fut rarement arbitraire, encore moins dictatoriale (sauf lorsqu’elle se sentait menacée). Ainsi, cette osmose entre le peuple romain et l’oriental va pouvoir s’exprimer, sans entraves à tous les niveaux, aussi bien militaire et politique que culturel et religieux.

Succédant à Pompée, Jules César prit le parti de s’attirer les bonnes grâces des hauts responsables syriens en les désignant à de hautes fonctions dans la nouvelle administration romaine. Lui même s’établit à Antioche. Mais ce fut avec l’empereur Octave, fils adoptif de Jules César, que la création de l’Empire romain débuta véritablement. Octave se vit décerner pour services rendus au pays le titre d’Auguste après qu’il eût vaincu trois ans auparavant à Actrium (en 31) Marc Antoine, lequel décidera de se suicider avec Cléopatre.
Ce titre permettra à Octave de disposer de moyens exceptionnels pour gouverner et restructurer des institutions républicaines qui avaient grandement souffert des guerres civiles. Le Sénat continuera à exercer son autorité sur l’Italie et Rome, mais par contre à l’extérieur du pays, les provinces seront placées sous l’autorité directe des légions et des armées d’Auguste.

Un tel ordre ne pouvait qu’être bénéfique à la capitale et à ces provinces. Ce sera la période de la Pax Romana. Dans l’histoire de l’Empire, certaines villes, Antioche, Bérytus, comme nous l’avons dit plus haut jouiront avec le temps d’un certain prestige. Mais pour leurs gouverneurs, les routes qu’il fallait tracer et construire pour se rendre d’un point à l’autre de Empire, transitant par les postes et forts qui dominaient, contrôlant l’accès de ces cités, méritaient un soin particulier, ne serait-ce que pour permettre le déplacement rapide de troupes, l’échange de correspondances et l’acheminement de marchandises.
Sans atteindre en comparaison l’extraordinaire réseau routier qui en Afrique du Nord finit par atteindre 20 000 Km de voies pavées, le long de la côte, de la Syrie à Jérusalem le parcours s’avérait relativement facile. Par contre la montagne constituait l’obstacle naturel le plus gênant à cette entreprise de génie civil qui allait perdurer plus de trois siècles.

De nos jours, le promeneur qui a l’occasion d’emprunter un ancienne voie romaine percée dans la muraille calcaire libanaise, comprendra les difficultés qui se sont posées aux bâtisseurs de route de l’époque. Il n'empêche qu’à aucun moment, le culte rendu aux divinités ne s’est interrompu quels que soient les problèmes techniques de la construction. Régulièrement, selon les désirs des empereurs, exprimés depuis la capitale auprès des gouverneurs syriens ou sur place par les notables qui aimaient à se faire valoir auprès des autorités romaines, des changements légers ou profonds étaient opérés à l’architecture du temple.
Agrandissements, nouvelles pièces, décorations particulières, embellissements divers, pose de statues au niveau des galeries, le style, quant à lui, restait fidèle aux nouveaux principes de l’époque qui cherchait à s’éloigner le plus possible de l’ancien classicisme grec. Les siècles qui s’écouleront ne changeront pas grand chose à cette volonté d’exprimer la grandeur au service du religieux. Finalement, les difficultés multiples rencontrées par les architectes de l’époque seront résolues et dépassées. L’homme restera fidèle au service des dieux car il se devait de les honorer en permanence en dépit des vicissitudes de son existence.
Car, pour le voyageur comme pour le commerçant, pour le navigateur ou le pécheur qui partait au large jeter ses filets et rentrait au port sa barque légère, pour le paysan soucieux de sa récolte, craignant la grêle et inquiet des nuages qui s’amassaient à l’horizon, pour le citadin et père de famille, pour le soldat, pour l’empereur, le temple et l’autel font partie intégrante du décor. Ils sont les jalons de toute une vie.
La victoire sur un plan militaire comme la réussite sur un plan social, le vœu à exaucer ou la quête du meilleur lendemain transiteront obligatoirement par la prière adressée à l’au-delà. L’autel sera le récipient de toute cette ferveur projetée vers les cieux. Il deviendra donc le pèlerinage quotidien pour les uns, l’arrêt, l’étape indispensable, pour les autres.

Aux voyageurs soucieux de s’attirer les grâces divines, aux passants qui veulent glorifier les dieux de l’Olympe, les temples libanais et syriens éparpillés dans tout le pays, de la mer à la plaine, de la plaine aux sommets des gorges, d’Antioche à Palmyre, sur la Phénicie de Tyr à Byblos, offriront tous leurs chants d’espoirs avec leur cella20, espace clos et sombre pour les officiants et leur parvis ensoleillé à la dévotion des pèlerins. Construits le plus souvent avec faste, parfois seulement dans un simple appareillage de moellons bruts mais émergeant dans un décor grandiose qui les mettra encore plus en valeur, toujours unis à la nature, voire confondus avec l’élément céleste, ils ne s’élèveront la plupart du temps au regard qu’à partir de points culminants.

On les découvre, murs de pierres sèches s’élevant au milieu des vignes et des champs de blé, à moins que dans un bourg misérable, ce ne soit qu’un autel de taille modeste mais toujours savamment décoré. Ailleurs, dans la cité florissante, riches et parés, cernés des torses cuirassés victorieux et de visages altiers, donateurs sculptés et immortalisés dans le marbre, ils seront nombreux sur les places et en haut des bosquets, à établir le lien entre l’homme et les dieux. C’est à celui qui rivalisera par son air de grandeur, de solennité, de magnificence.

L’art romain, à travers ses différentes manifestations, se devait de paraître imposant et solennel ; pour des raisons compréhensibles, le prestige, l’orgueil, se répercutera ostensiblement sur le plus petit édifice et sur la moindre pierre de sa construction afin de magnifier la puissance de l’Etat
On pourrait penser que le littoral libanais n’a pas compté dans l’implantation des édifices religieux romains. En fait, cette présence s’est manifestée concrètement dès le début de l’Empire dans les villes comme Tyr, Saida, Beyrouth, Byblos, Batroun, Tripoli. Dans ces cités, les habitants, rendaient hommage comme il se doit aux dieux qu’ils gratifiaient dans leurs temples respectifs.

Les fouilles entreprises au centre ville de Beyrouth depuis 1993 font apparaître des témoignages suffisamment éloquents sur cette période (pièces de monnaie représentant un temple, dédicaces au dieu et à l’empereur etc.) pour lever les doutes quand à l’existence de temples en milieu citadin et dans le contexte du littoral.
Mais les destructions, tremblements de terre, pillages, se sont chargées au fil du temps, d’éparpiller les éléments caractéristiques de la construction des temples tels les blocs et moellons spécifiques, sans parler des tambours de colonnes et chapiteaux utilisés à n’importe quelle fin. Nous partirons donc à la recherche de témoignages un peu plus consistants même s’il s’agit de ruines, en dirigeant nos pas vers trois aires du pays qui se regroupent pour former la montagne libanaise.

22.10.2006

1/ Itinéraires et chroniques des temples romains du Liban . Baalbeck

A chaque pas, marche après marche, pour pouvoir se hisser, sa main osseuse appuyait avec précision mais de tout son poids sur la canne au pommeau d’argent, ce qui faisait alors résonner la pierre d’un son mat et étrange et tourner les têtes. Le corps paraissait si chargé d’ans que des regards compatissants s’étaient déjà levés vers la silhouette qui par saccades s’élevait mécaniquement vers les colonnes. Deux hommes s’étaient fait rabroués par un mouvement hautain du menton et la canne s’était élevée presque menaçante, balayant l’air comme pour chasser les intrus qui dissimulaient à la vue le grand espace nu qui s’ouvrait vers le podium.
Comme pour le temple de Bacchus, les niveaux inégaux du grand escalier qui menaient à Jupiter ne l’avaient pas découragée pour autant et c’est d’un souffle régulier qu’elle avait commencé cette nouvelle ascension, refusant sèchement le bras de la jeune fille qui se tenait à ses côtés. En haut, sans même prendre une pause, elles se dirigèrent toutes deux vers les grands mâts de granit et d’une pas si alerte cette fois-ci, que des sourires éclairèrent la face des touristes qui avaient reposé un moment leurs appareils pour suivre des yeux l’étrange couple. La jeune fille avait d’ailleurs tout pour plaire. Avec son allure élancée, on lui aurait difficilement donné vingt ans. Tout était gracieux en elle en dépit du rythme que lui imposait la vieille dame sur les marches. En pleine lumière, le soleil éclairait un visage éclatant de santé mais c’était surtout sa compagne bien plus âgée qui retenait l’attention. La démarche si claudicante donnait à chacun l’impression que le sol allait se dérober à chaque pas et que finalement la vieille dame roulerait en bas de l’escalier. Paradoxalement, les traits du visage que venait de découvrir la voilette qu’une main nerveuse venait de relever semblaient peu flétris par le temps, découvrant les minces rides qui auraient pu appartenir à un être de soixante cinq, soixante dix ans tout au plus ; en fait, c’est à Baalbeck qu’A... était venu tout spécialement fêter sa quatre vingt seizième année :
- Vois-tu ma petite fille, dit-elle d’une voix claire et bien timbrée, je m’étais jurée de faire ce voyage avec ou sans toi ; revoir Baalbeck avant de passer de l’autre côté, mais non, ne protestes pas comme tous ces nigauds qui croient me faire plaisir, je sais bien que je n’en ai pas pour longtemps, un an , deux au plus. Bon ce n’est pas ça l’important et tu le sais aussi ; au moins tu ne sais pas mentir et c’est ce que j’apprécie en toi ; dire que ta mère était contre ce voyage. Ma fille ne comprendra jamais rien à l’art, et ça se dit artiste parce qu’on se rend trois fois par an dans une galerie, je crois bien que ce qui l’intéresse, c’est les cocktails. Tu sais, je ne l’ai même pas vu broder un napperon à ta naissance mais, à la réflexion, et c’est ce qui m’étonne, je me demande comment elle t’a laissé faire du ballet depuis que tu es toute petite. Il faut dire que j’ai insisté .
Tu sais ce qu’elle me disait ? « A force de marcher avec ces ballerines, Agnés aura la colonne vertébrale déformée » » Je lui en ai tellement fait voir qu’à la fin elle a compris qu’elle ne pouvait pas s’opposer à moi sur ce point. D’ailleurs ton éducation musicale, ça me concerne et tu ne t’en portes pas plus mal, il me semble. Ce sera toujours ainsi jusqu’au jour où on m’enterrera. Mais en attendant que j’ai un pied dans la tombe, ma petite, tu m’accompagneras à chaque spectacle, de Rio à Beyrouth. Qu’elle soit contre ce voyage au Liban, pire qu’elle ne veuille pas que je t’emmène ici, à Baalbeck ! Je n’en reviens pas encore. Le Liban, dangereux, pays de terroristes et j’en passe ; je l’ai laissée parler et hop nous voilà ! Si au moins elle avait ouvert je ne dis pas un livre d’histoire , mais seulement un guide touristique de poche ; Baalbeck pour elle c’est pire que d’aller sur la lune ou aux antipodes.

Est-ce qu’elle sait qu’ici devant ces colonnes, se sont déroulés les plus beaux spectacles de ma génération ? Non, évidemment. Tu vois, Agnès, tu n’étais pas née malheureusement sinon tu m’aurais accompagnée. A cette place, j’ai assisté au plus merveilleux ballet de mon existence. 1964. Je m’en souviendrai jusqu’à ma mort. Noureiev, cet ange de la nuit. Je le vois encore évoluer avec cette grâce, cette sensibilité que personne n’a égalée jusqu’à présent. Je ne me trompe pas , c’était le Ballet Royal de Londres. Et Béjart, mon enfant. Quel homme merveilleux, quel talent. Je n’ai jamais raté ses représentations. Quand ? Tu veux tester ma mémoire. Mais, ces soirs là sont inscrits en lettres de feu dans ma tête, mon petit. Tu ressembles à ta mère sur ce point. Vous êtes toujours à me tendre des pièges. Vous vous dites : la mamie, elle ne sais plus ce qu’elle dit. Tu peux me battre aux échecs mais alors sur ce point tu ne m’auras pas. Bon, je te réponds pour ne pas te faire languir davantage : c’était avec la merveilleuse troupe du 20 ième siècle ; en 63 la première fois, 66 et 72 ensuite. Tu peux vérifier quand nous serons de retour à Paris en ouvrant ton encyclopédie. Si je me trompe, je t’achèterai avant la fin de cette année un nouveau violon ; je te l’aurai offert de toutes manières mais tu gagneras au change. Les jeunes, vous êtes toujours pressés. Descendons ces marches et cessons de nous reposer près de ces colonnes comme ces stupides touristes. Ils n’ont rien compris les pauvres, toujours le nez en l’air. Mais Baalbeck, ce n’est pas seulement ça. A propos, regarde ces blocs comment ils tiennent. On n’a rien inventé de mieux. Tu ne peux même pas glisser une feuille de papier entre ces deux pierres. Et pas de ciment, tu peux me croire, ton grand père quand je l’amenais ici, il n’en revenait pas, lui qui était incapable de poser correctement le carrelage de la salle de bains. Je lui pardonne, au moins, il ne rechignait pas à me suivre ici. Il me disait juste avant sa mort. “ Charlotte, vous croyez qu’un jour il reprendra votre cher festival ? ” ” Il ne disait pas notre festival, il savait bien que c’était le mien et quand je l’entraînais Place de l’Opéra pour acheter nos tickets, je me souviens de ses phrases : “ “ Ma chère amie n’oublions pas de prendre le Figaro en passant pour que je lise les petites annonces. ” ” Il faut dire que je prenais tout mon temps et je faisais enrager tout le personnel de l’agence. Je voulais les meilleures places. Ils me disaient. “ “ Mais Madame, cette rangée est réservée à l’Ambassadeur d’Allemagne ! ” ”. Moi, tu me connais, je ne voulais rien savoir, je répondais du tac au tac : si vous croyez que je vais voir Orphée sur ce strapontin, vous vous trompez. Orphée, que je réfléchisse. 1962, une pièce sublime de Gluck. Trois ans plus tard, en 1965, le scandale, ma chère ! L’horreur, cette agence : “ “ Chère Madame vous nous aviez demandé de vous réserver votre fauteuil, pour Mozart, c’est fait depuis six mois ” ”. Aux premières loges ! disait la perruche du comptoir. C’était pour Don Juan. Je sais, tu n’aimes pas trop l’opéra, mais crois-tu que j’allais accepter d’être à la cinquième rangée ? Elle m’a entendue, la pauvrette. A la fin ils étaient tous tellement dégoûtés qu’ils ont fini par me placer au deuxième rang, j’ai cédé. Je lui avais dit au directeur de l’agence : prenez tout votre temps, cher Monsieur, quand vous me donnerez ma réservation, je pourrai peut-être rentrer chez moi. Je vais faire attendre mon petit Caramel, mon petit chat persan, mais pour une fois, Caramel, il attendra. Je lui faisais un peu honte à Armand ton cher grand père mais dans des cas comme celui là, il n’osait pas ouvrir la bouche ; j’ai accepté pour lui, la deuxième rangée, ce n’était pas l’idéal. Mais Il me faisait pitié à la fin coincé sur sa chaise à l’agence, il ne lui restait plus à lire que la notices nécrologiques du Figaro. A propos sais-tu que mon défunt mari était l’ami intime de Cocteau ; je te l’ai dit ? Tu es sûre, tiens, je ne m’en souvenais plus. Regardes cette tête de lion. Eh bien, elle me fait penser à lui, à ce grand poète. Quel sculpteurs ces Romains quand j’y pense ! Tu vois, j’aime bien Rodin et ses femmes statues au jardin des Tuileries quand je me promène avec mon teckel. C’est beau, c’est du Rodin, c’est notre Rodin, mais ce lion, personne n’a réussi à l’imiter. Bon, mettons-nous à l’ombre un moment.
Oui, tu as probablement raison, des sanguinaires, les Romains avec leurs combats de gladiateurs. Un peuple assoiffé de sang ? N’exagérons pas, c’était des artistes avant tout ; regardes cette crinière, mais revenons à Cocteau, où ai-je ma tête ? Je disais que Cocteau était un grand ami de la famille. Il nous a emmené ici le premier soir de sa pièce. La Machine infernale; c’était en 56, on inaugurait le festival, j’ai pleuré ce soir-là. Dans la fosse, il y avait l’orchestre symphonique d’Hambourg. Cocteau a joué comme un dieu. A partir de ce moment, je m’étais juré de revenir sur ces marches. Tu vois ce temple de Bacchus? Il a accueilli Dieu sait combien de troupes et d’artistes. En 74, je me tenais là à cette place précise. J’ai sauté au cou de Fayrouz cette merveilleuse chanteuse libanaise. Je l’ai embrassée sur les deux joues. Quelle grande dame, quelle voix émouvante. Marchons un peu, si tu veux bien. Je te disais Fayrouz, Avec elle, on sentait le pays, tu respirais la mer, l’air de la montagne des cèdres. Ce n’était pas comme avec les danses folkloriques libanaises ; du rythme il y en avait, mais ça me laissait toujours froide mais par contre Olga ! Tu te souviens d’Olga qui nous a quittées il y a deux ans. Je sais, tu ne l’aimais pas trop, elle en faisait un peu trop, à son âge avec sa perruque, elle croyait donner le change. Eh bien, figures-toi qu’elle était ravissante il y a trente ans de cela. Elle avait un faible pour la troupe de Caracalla ! Je la comprends, il y avait des danseurs avec un corps merveilleux ; je crois, si mes souvenirs sont bons, que l’un d’entre eux avait fini par tomber amoureux d’elle. Que je te fixe une date. En 74. C’est bien ça. Elle m’avait envoyé une carte postale de Baalbeck qui était arrivée avant notre retour à Paris et il y avait un mot de son petit ami. Il faut dire qu’elle avait une sacrée personnalité. En tout cas, moi, je ne venais que pour tout ce qui était classique. Le moderne, le jazz par exemple, je n’étais pas toujours pour. J’ai toujours pensé que ces colonnes s’accordaient mieux avec le théâtre, l’opéra, les grandes symphonies. Alors les danses modernes, très peu pour moi. De toutes façons, je t’ai toujours dit, Agnès, que j’exècre le jazz, bien que mon Ella, oui Fitzgerald, c’est un cas à part. Quelle année ? Attends, je ne me trompe pas. Il y avait bien Charles Mingus en 74, John Baez la même année, Miles Davis le fameux trompettiste en 73, donc Ella, c’est bien en 72, non, finalement tu me corriges si je fais une erreur c’était en 71 ; elle a chanté deux années de suite. Et quelle voix chaude, mes enfants. Elles peuvent s’accrocher tes copines, les minettes d’aujourd’hui. Il n’y a pas à comparer. Je m’en souviens, son micro était tombé en panne, elle a continué comme si rien était en chantant plus fort. C’était fantastique, tu peux me croire. Bon, j’ai la gorge sèche d’avoir tant parlé et avec ça, tu dois en avoir assez de m’entendre pérorer, tu vas continuer toute seule ma grande. Après tout, en deuxième d’année d’architecture, il y a des choses qui doivent t’intéresser ici et c’est pour cette raison que tu m’as accompagnée ; je te laisse et je redescends me reposer au Palmyre ; je parie que tu n’as pas vu le livre d’or de l’hôtel. Quand tu rentreras, avant de passer dans ma chambre, jettes-y un coup d’œil. Tu trouveras tous les grands de ce monde, de mon monde : ce cher Jean Louis Barrault, quel comédien et Jean François Rampal. Tu dois bien avoir quelques CD de ce merveilleux flûtiste chez toi. Quel interprète : Vivaldi, Haydn, Bach. J’y pense, tu vas sûrement voir la signature de Rostropovitsch, mon grand pianiste adoré. Bon, je dois m’arrêter, il y en a tant d’autres qui sont passés par ici. Ils reviendront, mon petit et ce sera encore le triomphe. Baalbeck le mérite. Dix sept ans de silence, quelle honte pour les Libanais et pour nous les Européens qui n’avons rien fait pour eux. Et il y en a qui prétendent que la guerre est utile à l’humanité. Ceux qui parlent ainsi sont des vendeurs de canons, un point c’est tout. Ne nous énervons pas. Je vais finir par t’ennuyer avec mes souvenirs. En tout cas, ne t’attardes pas avec les petits vendeurs qui vont essayer de te refiler des soit-disantes pièces de monnaies romaines ; je suis stupide, ton grand père quand il tenait sa boutique d’antiquités au Louvre, il avait toujours un moment à lui pour te parler de ses collections. Je ne vais pas m’en faire pour toi et bien malin, celui qui pourra rouler la nièce du plus grand numismate de la place de Paris. Allez à tout à l’heure !



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21.10.2006

0/ Itinéraires et chroniques des temples romains du Liban . baalbeck(1)

Prends ta béquille
Et marche doucement sans hâte
Arrête-toi où ton cœur souhaite s’arrêter.
Mais tourne le dos aux ruines.
En vérité,
Nous voyons autre chose
Que des ruines et des monuments.

Amine Al Rihani
Le Livre de Khaled


LE DEPART

(En l’an 64 avant notre ère …)
Ce soir là, après une longue semaine d’incertitudes, les douze membres du Collège romain des Augures publici populi Romani Quiritum s’étaient enfin mis d’accord : aucune erreur n’était possible, tout concordait extraordinairement grâce à cette exceptionnelle conjoncture des astres et des signes. Le message divin était clair, sans appel. La guerre ! La guerre ! L’absurde guerre ! De nouveau Jérusalem, une lointaine contrée, des pays sauvages à traverser, des barbares à éliminer par le glaive ou à convaincre par le verbe, des juifs irréductibles à soumettre. Rome pavoiserait une fois de plus avec la plus parfaite hypocrisie, mais les langues se délieraient tôt ou tard. D’abord dans les demeures patriciennes des confidences acerbes s’échangeraient entre soi, puis peu à peu entre servantes et esclaves et enfin jusqu’à l’étal des poissonniers.
Mais, qui aurait été assez fou parmi les nouveaux sénateurs pour mettre en doute l’oracle ? Qu’importe les velléités du peuple, les diatribes des philosophes, les pleurs des épouses et des maîtresses prochainement délaissées. Ainsi les dieux en avaient décidé ! Sans prendre une minute de repos, les uns comme les autres, quelle que soit leur fonction, consul et tribuns, chacun avait rempli des jours durant parfaitement son rôle, celui fixé cinq cents ans auparavant par Tarquin l’Ancien et Servius Tullius. Ces taches qui leur avaient été assignées, sans confusion possible vis - à - vis de leur rang, tous, ils les avaient accomplies jusqu’au bout.
Toute la journée, ils avaient eu les yeux irrités par la poussière de l’air chargé de miasmes et d’effluves épicées provenant des masures en bois qui s’étendaient à leurs pieds. Le matin, ils étaient montés sur la terrasse d’un bâtiment surmonté de deux tours et qui dominait le forum à l’angle de la via Appia et de la de la via Flaminia. Ils avaient été invités par un grand patricien et ne s’étaient pas fait trop prier, curieux de découvrir personnellement à quoi pouvait ressembler la dernière insula¹ en construction. Les travaux s’étirant en longueur et perturbant la circulation des chars, avaient fait courir bien de rumeurs quant aux moyens financiers du propriétaire. En gravissant les escaliers qui menaient à l’espace bien dégagé qui, à plus de trente mètres du sol, découvrait trois des sept collines de la cité de Romulus, ils n’avaient pu s’empêcher d’envier le sénateur. Celui-ci de son côté ravi d’accueillir les augures en ce jour béni des dieux se faisait un plaisir d’étaler le luxe de sa demeure qui ne contrastait que trop avec les autres cenacula2.
Déjà, l’entrée signalée par un immense Havé3 se distinguait des autres accès du cardo par sa magnifique inscription en bronze. Les portiques à colonnes qu’ils avaient traversés entre les esclaves - affranchis - comme l’avait fait remarquer le maître des lieux d‘un air magnanime, qui se tenaient respectueusement la tête courbée au passage des douze membres, non seulement étaient entièrement en marbre, mais également la grande vasque de l’impluvium4 qui recueillait les eaux de pluie. Leur hôte avec une pointe de fierté dans la voix, avait insisté sur l’harmonie naturelle qui se dégageait de l’atrium qu’il venait de construire à grands frais avec des petites niches ravissantes où la meilleure place avait été réservée aux déesses protectrices - grâce aux soins vigilants de sa chère épouse - avait-il tenu à préciser à ses invités silencieux. Alors qu’ils passaient de pièce en pièce, le patricien n’avait pas hésité, malgré le peu de temps dont il disposait, - il devait en effet s’apprêter à se rendre sans plus tarder au sénat où il siégeait deux fois par semaine -, à leur faire admirer le caldarium qui venait d’être achevé la veille. Cette salle de bain était, il est vrai, particulièrement luxueuse, enrichie de revêtements venus directement de Tivoli, avec trois voûtes d’arêtes soutenues par de hautes colonnes de granit provenant de l’une des plus grandes carrières de Sicile et des mosaïques qui remontaient jusqu’au plafond. Mais, c’est le tablinum5 qui les avait éblouis. Il leur avait paru immense, disproportionné. L’un des augures à voix basse avait fait pourtant remarquer au groupe médusé par tant de richesses, planté comme hypnotisé devant une longue fresque qui représentait le patricien en armes, que la place consacrée aux divinités romaines était insuffisante et que Jupiter, Junon et Minerve6 avaient été inconsidérément reléguées dans un coin sombre de l’immense salle. Probablement, ce murmure était-il parvenu aux oreilles de l’intéressé, car ce dernier s’était dépêché de les conduire au viridarium, - pour apprécier dit-il un peu la fraîcheur -, mais en fait pour éviter que la calomnie7 ne se répande dans la cité en pleine effervescence ces derniers temps. Là, chacun s’était exclamé, ravi, enchanté, réellement envoûté par la sérénité des lieux, estimant en son for intérieur que les propos tenus par Fabius avaient été trop sévères. Dans ce jardin, en effet, fleurs rares, plantes exotiques et médicinales, lauriers et guirlandes, mêlées à l’encens sacré et destinées aux dieux, dégageaient des parfums irrésistibles au milieu des nymphes et des divinités saisonnières.
Avec regret, ils avaient quitté le merveilleux patio et sa cascade artificielle (mais chacun ne connaissait que trop le prix de l’eau et les difficultés innombrables de pouvoir en disposer individuellement en ville), pour s’attrouper sur le sol entièrement pavé de basalte de l’immense terrasse qui surplombait le paysage. Le Tibre s’étendait majestueusement et le soleil à l’aurore, jouait sur le fleuve déjà envahi d’embarcations alourdies par leurs cargaisons de blé en provenance d’Alexandrie. Plusieurs navires transportant des colonnes et des obélisques avançaient lentement pour se ranger près des quais. Au - delà du fleuve, les pistes qui reliaient l’Urbs à Opstie, Ardée, étaient restées désertes. Par contre quelques chariots traînés par de attelages de bœufs avaient déjà fait leur apparition. Plus loin, les chemins pour Tusculum, Nomentum, s’étaient remplis peu à peu d’activité9.
Les odeurs fétides qui montaient les avaient ramenés vite à la réalité et à leurs devoirs, sans oublier l’incendie provenant de l’une des masures qui heureusement avait été vite maîtrisé par les vigiles10. Le feu qui pouvait s’étendre en quelques minutes sur les centaines d’habitations remarquablement insalubres avait immédiatement provoqué l’affolement au sein de l’assemblée plongée encore dans les rêveries provoquées par la visite de l’insula. N’avait-il pas en effet failli fausser l’examen visuel à cause de la fumée qui s’était élevée aussitôt ?
Ils avaient scruté des heures durant la ligne d’horizon qui vibrait sous l’effet des brumes de chaleur, certains n’hésitant pas à fixer directement l’astre brûlant. Tard le soir, ils avaient forcé leur regard las à se perdre dans l’immense ciel écarlate qui enveloppait les toits du capitole. En vain, Gloire à Jupiter ! Gloire à Vénus Victrix ! Car finalement aucune nuée néfaste n’était apparue, aucun éclair n’avait jailli des masses rougeoyantes ! Même la trajectoire des jeunes étourneaux qu’ils avaient amenés avec eux et qui, à peine sortis de leur cage, s’étaient élancés d’un trait, avait paru parfaite, élégante, exceptionnellement pure, corroborant alors définitivement l’heureux message divin tel qu’il s’était annoncé d’ailleurs depuis le premier jour.
La veille, dans la grande cour qui leur servait habituellement de champ d’observation, envahie malheureusement par l’ombre et la puanteur, ce qui les obligeait à tenir en permanence un voile sur le bas du visage, ils avaient contemplé les poulets sacrés qui s’ébattaient en toute liberté au milieu des immondices que nul n’aurait songé d’ailleurs à nettoyer puisque tout était utile aux présages et qu’aucun indice ne devait être négligé. Les volatiles avaient englouti voracement les graines qui leur avaient été jetées puis s’étaient rapidement recroquevillés dans un coin, immobiles comme des cadavres à l’exception de leurs plumes ébouriffées par le vent qui arrivait par vagues poisseuses.
Le même jour, mû par une brusque inspiration, après avoir scruté une fois de plus les entrailles du troisième bœuf sacrifié pour l’occasion, se relevant avec difficultés à cause de ses rhumatismes, les doigts ensanglantés et gourds d’avoir trop longtemps fouillé les viscères encore
fumantes, l’Augure le plus ancien mais qui était toujours le plus écouté, vu son âge vénérable, avait annoncé sa décision sans appels : bâtir un nouveau templum à côté du sénat. Au dire de l’architecte grec qui avait été convoqué sur le champ, la place était un peu trop juste pour des fondations solides. Mais enfin, reconnaissait-il pressé de questions, cela pouvait convenir à condition de faire des aménagements spéciaux qui, inutile de se voiler la face, se répercuteraient inévitablement sur le prix de la construction. L’autre Augure, un vieillard sec, d’un air hautain que contredisait la toge toute simple qui enveloppait ses bras maigres, avait interrompu brutalement ses calculs, n’hésitant pas à formuler à voix haute une autre critique (en fait ce que tout le monde pensait), disant qu’un jour ou l’autre le peuple en aurait assez de verser son tribut aux dieux alors que les calamités ne cessaient de s’abattre sur Rome, que l’ennemi devenait de plus en plus arrogant aux frontières et que les caisses de la république ne pourraient à elles seules entretenir l’armée et le millier de sanctuaires dispersés dans la seule province de Rome.
Les augures s’étaient regardés à la dérobée, la mine entendue et consternée, mais personne n’avait surenchéri. Chacun savait que le pays vivait actuellement une véritable crise religieuse. Les guerres civiles n’avaient rien arrangé et avec cette odieuse manie des politiciens de s’emparer à tort et à travers des choses de la religion, il ne fallait pas s’étonner que celle-ci en subisse les contrecoups. Le scepticisme avait gagné peu à peu toutes les couches de la société. Quand à cette habitude de quêter à tout moment les auspices et d’interroger sans cesse le ciel, ce qui était sur un jour ne l’était plus le lendemain. De toutes manières, contre qui se retourner et vers qui plaider leur cause ? César et sa famille n’étaient-ils pas eux aussi de descendance royale ? Il y a quatre ans, le bien – aimé empereur n’avait-il pas affirmé, sans que nul n’ait osé protester, que sa tante Julia était apparentée aux dieux immortels ? Le peuple en avait fait des gorges chaudes et on en parlait même de cette dernière fantaisie jusque dans les lupanars. Déjà, des bruits couraient sur le compte de César, des rumeurs certes, mais de là à qu’il se fasse nommer l’année prochaine Grand Pontife, cela paraissait incroyable. Mais, au fond, ils savaient tous ce dont César était capable. Ne se disait-il pas descendant de Vénus ? Venant du Grand César, rien n’était impossible.
Chacun avait donc gardé ses scrupules pour soi. La décision prise, tout s’était déroulé ensuite comme prévu d’autant plus que le cérémonial était bien rodé (cette année, en moins de trois mois, sept temples avaient été consacrés, deux à des divinités étrangères dont personne parmi le peuple n’avait entendu parler, et déjà certains esprits satiriques n’hésitaient pas à dire à ce sujet qu’à ce rythme tout le panthéon s’écroulerait sur la tête des romains. Finalement, mais sans trop se hâter, on avait fait venir l’Augure chargé du plan du templum. Contrairement à ses habitudes, il s’était montré extrêmement méticuleux dans le tracé au sol de l’Espace Céleste. On en comprit vite les raisons, Pompée en personne s’était déplacé. Les mains tremblantes, nerveux, à cause de la présence illustre à ses côtés, l’augure avait la première fois sur le sol trop sec brisé son lituus, ce bâton courbe qui était depuis trois cents ans l’emblème du sacerdoce. La branche paraissait pourtant bien noueuse et solide, mais trop mince elle s’était cassée en plusieurs morceaux qui gisaient sur le sol. Déjà, chacun se penchait, étudiant chaque angle et la position de la moindre écharde tandis que l’augure implorait le ciel et Mars de ses mains toutes aussi crochues que les serres des vautours qu’on laissait descendre dans l’arène des gladiateurs, une fois les combats achevés. Des murmures, quelques voix, puis des commentaires fielleux s’étaient élevés aussitôt pour dire que c’était un mauvais présage et qu’il valait mieux retarder la cérémonie ou la reporter au lendemain. Mais la tension et la fatigue avaient eu le dessus et c’est sans rien ajouter qu’ils avaient laissé le vieil homme se traîner avec peine aux quatre points cardinaux pour poursuivre le tracé rigoureusement perpendiculaire et orienté des deux axes. On était parti entre temps chercher un porc. Après avoir choisi celui qui était le plus gros de la portée, on l’avait poussé avec ménagement vers l’autel. Le fermier suivait l’animal, implorant qu’on le paye mais personne ne
faisait vraiment attention à ce qu’il disait jusqu’au moment où une main excédée l’envoyât rouler par terre au milieu des sarcasmes et des quolibets. L’homme s’était relevé sans peine, contemplant d’un air stupide son dû. On avait ôté en douceur et avec tous les égards mais efficacement la fange qui donnait piètre apparence au porc, au milieu des ricanements de garnements qui n’hésitaient pas à franchir la haie des légionnaires pour donner de solides coups de pieds à l’animal immobilisé.
Le soleil montait de plus en plus haut. Sans plus tarder, on avait commencé à préparer le sacrifice sous le regard de l’assistance hilare qui avait grossi. La plupart, des boutiquiers et marchands du forum Boarium11 qui s’apprêtaient à étaler leur marchandise plus loin dans l’aire qui leur était réservée, bien à l’écart du périmètre interdit du futur temple. Il avait été toujours ainsi, le profane et le sacré ne pouvaient en aucun cas être aussi intimement mêlés 12. Fait inhabituel, deux ravissantes vestales avaient été autorisées à quitter la cella du temple voisin de Junon, et de leurs mains fines elles renversaient délicatement l’une après l’autre les cruches de vin rouge sur le corps badigeonné de farine et entouré de bandelettes. Le prêtre en sueur qui avait quitté l’ombre bienfaisante du temple de Jupiter Férétrien, sans plus tarder enfonça le silex sacré d’un coup sec dans la gorge de l’animal surpris au milieu des caresses. Avec le gargouillement du sang qui jaillit en un puissant geyser le cri aigu du porc se mêla aux hurlements joyeux de la foule qui n’attendait qu’une chose, faire bombance. Le tumulte qui amplifiait de minute en minute couvrait sans mal la voix chevrotante de l’Augure qui vouait comme il se doit Rome à la colère divine si elle manquait à sa parole, ainsi que l’usage l’exigeait à chaque campagne militaire.
Ni le cœur, ni le foie et encore moins les entrailles n’avaient présenté d’anomalies. Les dieux avaient accepté le sacrifice. Les officiants s’étaient empressés de consommer leurs parts, dans une cohue indescriptible qui frisait l’émeute et il avait fallu appeler d’urgence une autre garnison pour rétablir le calme, mais quand elle était arrivée, il ne restait plus que des chiens faméliques qui se disputaient les derniers restes de la bête. Heureusement, on s’était empressé de mettre à l’abri les meilleurs morceaux réservés aux dieux et les deux vestales avaient eu bien du mal à se frayer un chemin au milieu de la foule surexcitée pour déposer le festin divin dans la cella obscure du temple de Junon.
Pompée qui était resté prosterné un long moment près du brasier ou rôtissait l’animal, s’était finalement éclipsé, ne pouvant supporter davantage la cohue braillante qui déjà à moitié ivre l’avait acclamé et encore moins la chaleur qui émanait du foyer. Mais durant cet instant, ses souvenirs s’étaient portés dix ans en arrière. N’avait-il pas fait construire à grands frais un temple qui surplombait le théâtre qu’il affectionnait par dessus tout ? Ce jour – là, il avait dédié en une seule mâtinée et surtout dans un silence total trois sanctuaires à Félicitas, Honos et Virtus et la chaleur qui régnait sur les futurs lieux de culte, était aussi suffocante qu’aujourd’hui. Oui, la religion à cette époque, pensait-il avec une amère nostalgie, était bien respectable et respectée. Suant sous sa lourde tunique d’apparat malgré les deux esclaves noirs qui agitaient sans cesse leurs larges éventails confectionnés de longues plumes d’autruche, il n’avait pu résister davantage à l’essaim de mouches qui tournaient autour des viscères répandues sur le sol à deux pas de son siège et la puanteur qui montait de plus en plus forte du tas sanguinolent l’avait convaincu de ne plus s’attarder. Il avait pris discrètement la fuite tandis que dans son dos, le prêtre s’empressait de dire que la religion n’était plus ce qu’elle était du temps de Cicéron. Coupant l’herbe aux ragots, il avait réapparu deux heures plus tard, gravissant lentement, le buste droit, la tête et le corps badigeonnés de rouge, les marches du Capitole. Chacun avait pu parfaitement distinguer la couronne de lierre qu’il tenait en main ainsi que le sceptre d’ivoire qu’il agitait nerveusement.
Par la suite, toute la journée s’était déroulée au milieu d’autres sacrifices et dans une
apparente liesse. A cette heure tardive, alors que les feux de camp rougeoyaient dans une nuit trop chargée d’étoiles, et que Pompée se reposait exténué sur sa couche, l’augure le plus jeune du groupe des douze, le seul qui n’avait pas fermé l’œil, tandis que ses compagnons cédaient peu à peu à la fatigue et au sommeil, lui , il avait vu, signe suprême de la victoire, deux étoiles filantes filer à toute allure dans le ciel.
Bientôt, la nuit se dissiperait. A l’aurore, dès les premiers rayons tièdes du soleil, le départ serait donné. Ainsi, avec cette nouvelle campagne dont nul ne pouvait prévoir la fin, mais que chacun espérait la plus courte possible, l’armée allait s’engager sur une route qui ne ménagerait ni les chars, ni les bêtes. Les légionnaires trop lourdement chargés comme d’habitude lorsqu’ils partaient pour l’Orient ne s’habitueraient que très lentement aux fortes chaleurs. Maintenant, dans la nuit étouffante, repus, terrassés par la boisson et les lourdes ripailles, ils gisaient par centaines sur la terre battue, dédaignant le confort de leur tente. Lorsqu’ils se relèveraient encore titubants pour endosser leur cuirasse, ils savaient qu’une longue marche dans des régions inconnues, sauvages et désertiques, les attendait. Ils appréhendaient ce moment pour la plupart, même les hommes les plus aguerris au combat. Une bonne partie, surtout les vieux combattants malgré leur expérience ne s’en remettraient pas. Mais finalement, avec tous ces augures exceptionnellement favorables, nul parmi eux ne se serait permis de douter de la victoire.
Aussi partiraient-ils l’esprit certainement encore embrumé par les vapeurs d’alcool mais le cœur léger. Au matin également, les premières équipes d’ouvriers et d’esclaves allaient se succéder sans relâche des jours durant pour creuser les fondations à dix mètres sous terre et disposer les premières pierres du temple. Le rythme de travail dès lors, ni faiblirait ni ralentirait jusqu’à la pose du dernier linteau. Le moindre joint, la plus petite dalle, tout serait installé dans les règles de l’art afin qu’au retour de la première légion, le dieu qui avait étendu sa bienveillante protection, sur le consul comme sur le simple soldat, soit honoré par les vaillants combattants dans sa nouvelle demeure.
Pompée venait de se réveiller et déjà son premier geste fut d’appeler la garde afin qu’on aille sans plus tarder chercher son médecin personnel. Une vague inquiétude, suivie d’une crampe tenace à l’estomac ne le quittait plus à la suite du rêve qui avait écourté sa nuit : un lion immense se tenait seul au milieu de l’arène silencieuse et vide et de loin l’animal ne cessait pas de le fixer de son œil ensanglanté. Malgré la distance qui les séparait, Pompée sentait que ce regard était terrible, qu’il ne céderait pas devant lui. Lui qui n’hésitait pas pour encourager la troupe à combattre personnellement les félins, un frisson l’avait parcouru de la tête aux pieds. Et tandis que le soleil montait, réchauffant ses membres engourdis, en un éclair, les épaules un peu voûtées par la réflexion, Pompée comprit : Rome s’adressait à lui, une Rome défigurée, implorante mais qui ne lui serait jamais soumise. Puisqu’il en était ainsi et que quoi qu’il fasse il ne serait jamais aimé des uns comme des autres, il se promit alors de faire paraître sans plus tarder l'arrêté sur les nouvelles taxes qui allaient cette année frapper une fois de plus les fermiers. Les riches eux aussi n’y échapperaient pas, ils allaient payer. Et ce ne serait pas un, mais dix temples qu’il construirait. Rome lui appartenait. Rome la demeure des dieux. Rome sa demeure.

mon colonel, mais vous savez les vivants, vous vous en êtes débarrassés, nous c’est les morts, c’est kif kif, on s’en débarrasse !.

-Tiens , vous chez moi ! 1 mois d'absence sans crier gare, mais vous en avez du culot de revenir ici !
-Mon colonel, je crois que vous avez oublié, mais les congés, cela faisait trois ans que je ne les avais pas pris, il fallait bien retourner au pays
- Au pays, vous n'avez que ce mot à la bouche, vous n'êtes pas bien ici, chez nous?
- Je suis chez vous, c'est sur, mais ce n'est pas comme chez moi
- Question de temps, vous vous vous habituerez
-Mon colonel, 54 ans que cela fait et je ne suis toujours pas du coin et mes enfants, ils pensent la même chose. je crois que je leur fais honte
- Il faut dire que vous ne faites pas d'effort pour vous acclimater depuis le temps que je vous le répète. Si au moins vous aviez appris à écrire
- Mon colonel, je sais signer, c'est suffisant et il y a mon gosse qui me lit les nouvelles. D’ailleurs, c'est comme ça que j'ai su qu'il fallait repartir chez moi
- Mais ne dites plus chez moi, Bon sang. On ne vous a pas appris à être poli. Depuis tout le temps que vous passez à la maison, vous faites partie de la famille. Vous êtes un têtu dans votre genre. Et puis qu'est ce vous aviez à faire là bas. On dot se les geler non dans votre cambrousse?
- A Laghouat, pas tellement, mon colonel, il fait dans les 27, 28 c'est mieux qu'ici. Et il fallait que je passe au cimetière
-Vous avez encore perdu quelqu'un. C'est pas possible. Mais vous êtes combien chez vous. Cette année, je vous ai entendu dire. Ahmed il est parti rejoindre Allah , il y a quatre mois, Mohammed, il est parti au paradis, et l’année dernière il y a avait Brahim et Mustapha ; il ya deux ans, Sleiman et Titov. Tiens je me demande pourquoi il portait ce prénom de russe, celui - là. Qu’est qui lui est arrivé à votre Titov
-Mon colonel, un problème aux bronches, on l’avait appelé Titov, mais au début il s’appelait Smael, mais cela ne plaisait pas à ses patrons ; les mines ça ne lui plaisait pas à lui non plus, il les appelait l’enfer noir ; il aimait les soleil, mais la ferme de ses parents, les français, enfin les militaires français ils lui ont brûlé, les parents avec, alors il avait du partir. Il est bien resté finalement dans l’Union ; ça ne lui a pas réussi de revenir au chaud chez nous.
-Bon écoutez je ne vais pas encore vous écouter me décrire tous vos malheurs. Dés qu’on vous pose une question, c’est parti, vous commencez à vous plaindre de la vie, il vous faut aller au mur des lamentations, vous serez très bien là bas, on vous écoutera
Ah, non colonel, je vous arrête, c’est pas possible le mur des lamentations, c’est pas à nous
-C’est vrai excusez moi, mon ami, j’avais oublié, non à vrai dire ce n’est pas la bonne direction. Mais où en étions nous ? J’aimerai bien comprendre quand même ce que vous êtes allés fabriquer dans votre cimetière de je ne sais quel patelin
-Laghouat, mon colonel
-Laghouat en effet, mais ça me dit quelque chose
-Votre armée, elle nous avait pris la ville en 1852
-Exact, mon ami, je mes souviens, mon grand père il faisait partie de l’escadron du Général Bouscaren
- Mon grand père aussi, je m’en souviens, mon colonel
- Rapprochez vous, vous savez que je suis un peu dur de la feuille, qu’est ce que vous me dites ?
- -Mon colonel, mon grand père aussi, il a combattu la France,
- Et alors il a perdu, c’est l’essentiel
- Il avait pas perdu la vie mon colonel, c’est le général Bouscaren , et il y avait aussi Morand. Une balle en plein front
- On dirait que ça vous réjouit, deux joyaux de l’armée française, morts sous les balles de l’ennemi. Ils sont aux Invalides à présent. On allait pas les abandonner sur la terre brulée ?
- Il faut bien mourir mon colonel, mais eux, ils avaient des canons ; Les arabes, les Laguouati des fusils. C’est pas juste vous croyez pas ?
- La guerre, mon ami, ça ne fait pas de cadeau, un ennemi, on s’en débarrasse
- D’accord mon colonel, mais avant, ils étaient bien vivants, et ils avaient des femmes, des enfants, des moutons et même des chameaux pour transporter le sel de la Mauritanie. Mon grand père il me racontait que le combat avait fait tellement de morts que même les corbeaux ils n’étaient plus affamés. Il me disait et j’étais tout petit pourtant c’est là dans ma tête, les tourterelles elles n’étaient jamais plus revenues vivre dans les palmiers ; alors le jour et la nuit c’était le silence, comme chez vous quand vous arrêtez la télé. Je crois que les Français ils s’étaient bien débarrassés des Laghouatis, mais cela n’a servi à rien n’est - ce pas mon colonel, nous on est là et vous vous avez pris le bateau pour rentrer.
- Non pas le bateau, l’avion, cela ne revient pas au même
- -C’est plus rapide pour la retraite
- Je n’étais pas retraité.
- -c’est pas la même chose, la retraite pour un soldat qu’être retraité, je crois mon colonel
- Naturellement mais on s’éloigne du sujet, où en étions nous ?
- Laghouat, vous ne la reconnaîtrez pas
- Et pourquoi , vous doutez de ma mémoire ?
- Je veux dire par là qu’il y a des paraboles et les portables ça marche
- Le progrès, toujours le progrès, vous voyez bien que malgré votre islam, Mahomet il n’a rien contre les téléphones cellulaires. Alors comme ça, Laghouat, vous me dites que c’est moderne. Ah moi, j’aimais bien les souks
- Il n’y a plus de souks, ils ont construit des parkings
- -Dommage et la place de l’église
- *Toujours là mon colonel, mais c’est un musée
- Quelle idée et les Pères blancs ?
- Tous quittés, mon colonel
- Mais j’y pense, vous avez parlé de cimetière. Je ne me trompe pas ? Qu’est ce qu’il est devenu ?
- Toujours là mon colonel, mais vous savez les vivants, vous vous en êtes débarrassés, nous c’est les morts, c’est kif kif, on s’en débarrasse !.

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