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06/11/2006

(2)Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Afqa

Une fois le véhicule arrêté, le silence retombant, de la haute falaise qui domine, un grondement extraordinaire qui ressemble étrangement aux clameurs de la foule des stades. éclate aux oreilles. Attiré par le tumulte, on avance vers le petit pont et en direction de la barrière perpendiculaire de rochers qui le surmonte. De là, levant la tête, la source d'Adonis déferle et se projette, jaillissant d'un immense trou noir en un large faisceau d'argent.
Suivant un tracé complexe de courbes, tourbillonnant de marche en marche, profitant de chaque roche pour rebondir, cette masse de blancheur, après s'être scindée en deux parties mouvantes, finit par s'étaler en une large nappe bleutée. Le spectacle est assez grandiose pour qu'on veuille s'y attarder de longs moments ; puis lassé par le cycle perpétuel de cette trombe qui se déverse sans cesse et assourdit finalement, le regard quitte la cascade et part à la recherche du temple.
On hésite. Nul pour vous renseigner et vous conseiller parmi le choix qui s'offre à vous. Faut-il poursuivre vers les hauteurs avec cette route qui monte sur la gauche ? Ou plutôt en direction des quelques maisons après le pont ? A-t-on dépassé sans s'en rendre compte l'endroit ? Enfin, on finit par comprendre que seule, la légende a survécu dans la mémoire des hommes. Car, juste derrière soi, face à la source et confondu avec la masse de rochers qui borde le parapet, apparaît un pan de mur ancien, antique, délabré.
C'est bien le temple d'Adonis. Pour apprécier au mieux les formes, il faut se décider à grimper sur un monticule avec précautions sous peine de glisser plus bas dans le lit de la rivière : là, le muret n'offre à première vue rien de particulier. Ce sont les habituels blocs de granite rectangulaires envahis par la mousse et le lichen. Ils sont si érodés par le temps qu'ils ont tous pris une teinte grisâtre. L’œil cherche à s'accrocher quelque part à une masse ou une forme plus pittoresque, mais en vain.
On se décide, alors, déçu, à redescendre de ce promontoire instable. C'est alors qu'en contournant la place, on s'arrête. Dans un champ couleur émeraude, une mosaïque de plaques scintillantes, comme une parure de diamants, saute au regard. Eclats de verre, de terre et de pierre éparpillés au soleil, des dizaines de rocs et blocs ont roulé en chœur des hauteurs du promontoire et cette avalanche désormais s'étale en un immense damier. Est-ce le hasard, une illusion, les lois de la gravité ?
Certaines pierres semblent vouloir dessiner au sol des formes familières : voici une voûte qui reprend sa forme, là, un muret qui s'allonge sur plusieurs mètres, plus loin n'est-ce pas l'éventail d'un amphithéâtre ? Ici, des morceaux d'une colonne brisée qui, bien que distants, semblent vouloir se rapprocher. Une main puissante a tout balayé sur son passage et pourtant, ce château de cartes reste déchiffrable. Par jeu d’ailleurs, l’œil se plaît à vouloir reconstituer à partir de ces éléments si disparates les multiples puzzles possibles.
Peu à peu, le sanctuaire semble vouloir reprendre sa place dans l'espace. Au même instant, la source se fait entendre et telle une vaste toile de fond pour une tragédie antique le site retrouve sa signification de royaume peuplé de dieux et de déesses dont l'histoire et le drame se poursuivent encore de nos jours. Une phrase du peintre orientaliste Jérôme Fromentin se présente alors à l'esprit : - En passant par le souvenir, la vérité devient poésie et le paysage tableau -

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