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28/12/2006

(7)Itinéraires et Chroniques pour Temples romains du Liban. Amioun

AMIOUN

34° 15' 49 N
35° 46' 21 E
75 KM
Tripoli vers Bcharré.
Sortie de la capitale direction Amioun. A 10 Km de Tripoli, une route à droite conduit à Btourram, Bechmezzine, Amioun. L'église de Mar Jorios est en haut du village après avoir serpenté dans des ruelles très étroites. 2 ième itinéraire plus direct via Chékka et Kousba.
medium_Amioun-1.jpg

L’église St Georges en plein cœur du village a été bâtie sur les fondations du temple. L’entrée de l’église est agrémentée de quelques fûts de colonnes qui brisent l’austérité de l’édifice religieux.
Côté sud, l’assise parfaitement visible est constituée de blocs massifs.
En pénétrant à l’intérieur de l’église, on remarque les modifications qui ont été apportées au cours des siècles à l’édifice religieux, mais les ajouts successifs n’ont rien enlevé au charme qui se dégage de l’ensemble.

Vers le ciel trop clair, chauffé à blanc ce jour là, telles des excroissances sauvages greffées à la colline dénudée, elles dominaient Amioun, élevant à l'unisson leur minuscule clocher, se ressemblant comme des sœurs jumelles. Un telle profusion ne pouvait qu'engendrer la confusion et dans le village, après s'être maintes fois renseigné, on finissait par admettre qu'Amioun en possédait une bonne douzaine de ces petites églises. Treize en fait. De toute façon, celle-ci une fois de plus n'était pas la bonne, il fallait donc poursuivre le chemin et monter bien plus haut. Après un parcours sinueux dans des ruelles étroites, une grande vasque et un fût de colonne attestèrent enfin que c'était bien là le bon endroit. Devant le porche, des ouvriers travaillaient à remettre en état la façade.
- Faites attention au ciment, il est tout frais mais rentrez. Vous ne vous êtes pas trompés. C'est bien ici, chez nous dans cette église, il y a juste un an qu'eut lieu le miracle. D'abord, je vous montre le souterrain.
L'homme qui tenait ces propos se présenta : il avait vécu à Amioun une grande partie de sa jeunesse et la guerre l'avait forcé à quitter le pays. Depuis peu, il était rentré et une de ses premières préoccupations avait été de réparer l'église. Il était ingénieur. medium_Amioun-2.jpgAprès avoir déplacé quelques bancs et soulevé avec peine un tapis usé par les milliers de pas, il fit basculer sur le côté une trappe en bois qui venait d'apparaître. Se penchant au-dessus du trou qui ressemblait à un puits, il fit décrire à la torche qu'il tenait en main de grands cercles autour de la paroi en pierres taillées qui s'enfonçait dans l'obscurité.
- L'année dernière, nous n'avons pas été plus loin. J'ai mesuré : neuf mètres. C’est un souterrain qui date de la période byzantine. Il faudrait poursuivre les travaux, mais nous savons déjà qu'il aboutit un kilomètre plus loin à l'autre église, celle de St John.
Il resta silencieux un long moment et finit comme à regret par refermer la trappe, car l'obscurité qui enveloppait l'orifice ne pouvait confirmer davantage ses propos, mais le tapis replacé, en se relevant, il poursuivit avec un certain engouement :
- Mais le plus important, ce sont nos icônes, les plus belles de toute la région.
En se rapprochant de l'autel, on pouvait apercevoir malgré l'obscurité qui régnait à cet endroit, des miniatures parfaitement alignées, illustrant la légende de St Georges terrassant le dragon, certaines représentant très naïvement le chemin de croix. Des dates plus ou moins lisibles apparaissaient : 1820, 1840 , 1844.
- Si vous vous amusez à les compter, dit l’ingénieur qui s’était rapproché en silence, contemplant les icônes comme s’il voyait pour la première fois , nous en avons soixante
- Tenez, celle-ci, c'est notre icône de la Vierge et grâce à elle, le 2 avril 1995, notre église est devenue célèbre. Sinon, vous ne seriez pas là, n'est-ce pas ! Ce jour là, tous les fidèles, et j'en faisais partie, c’était juste avant la fin de la messe, nous avons vu une grande lueur qui sortait de l'icône, celle qui était juste placée derrière le père qui officiait. Je vous assure, j'étais à trois mètres, je me suis précipité. De l'huile, oui Monsieur, croyez moi, j'ai vu de l'huile sainte qui suintait de la toile. Cela ne s’arrêtait plus et ne me dites pas que ce sont les pigments de la peinture qui tournaient à cause de la chaleur ou de la lumière. Ici, il fait toujours frais et nous n'avons que quelques cierges. Nous avons tout de suite compris que c'était un signe de Dieu. Nous nous sommes agenouillés à la place où vous vous tenez en ce moment et nous avons recueilli de cette huile. C'est à partir de ce moment que les miracles ont commencé dans notre région.
Il resta un moment silencieux puis s’avança vers l'entrée. Sur un pupitre, un grand livre était ouvert. Sur chaque page couraient des phrases en plusieurs langues, dans une écriture souvent maladroite.medium_Amioun-3.jpg
- Approchez vous, il suffit de lire. Voilà, tout est écrit ici, tous ceux qui sont passés par notre église. Il y a les témoignages des médecins et surtout ceux des malades. Je suis ingénieur, je vous l'ai dit tout à l'heure et je ne crois qu’à ce que je vois ; j'ai vu de mes propres yeux et le même jour un malade marcher, un handicapé des deux jambes. Nous l'avions frictionné le matin avec un simple coton imbibé d'huile sainte. Attendez, ne souriez pas, dans la même semaine c’est une vieille dame aveugle qui a retrouvé la vue sur le champ . J'aurais aimé que notre prêtre vous en parle, il aurait pu vous fournir d'autres témoignages dignes de foi. Mais je regrette, il n'est pas là, il part en voyage chaque année quelque part et cette fois il est parti au Brésil pour informer la communauté de ce qui s'est passé. En fait, depuis le miracle, nous recevons des gens du monde entier, mais suivez - moi.
L'ingénieur était devenu silencieux, comme étourdi par ses propres paroles qui résonnaient sourdement dans le chœur. En regagnant la lumière, il regarda une dernière fois les icônes qu'il n'avait pratiquement pas quittées du regard, comme pour vérifier qu'elles resteraient à jamais là, dans la pénombre.
- J'ai oublié de vous dire, que ce temple sur lequel a été bâti l'église, notre chère église, était très connu dans l'antiquité. On l’avait surnommé " le Temple de l'Amour "!

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