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05/02/2007

Trois ans sans femme

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Les volets fermés, d’abord un faible bourdonnement, mais si dérangeant de par sa monotonie. Les paupières toujours closes, il avait supposé qu’un insecte était parvenu à s’infiltrer malgré tous les soins apportés la veille à mettre en place la grande moustiquaire au dessus du lit au bois écaillé. Peu à peu, il prenait conscience du jour cruel qui ne l’avait pas attendu et des corvées qu’il ne pourrait pas repousser davantage. Des noms et visages des opportuns qui allaient faire la queue, la mine compassée ou sournoise, l’odeur de sueur rance qui se répandrait peu à peu dans la pièce malgré le ventilateur aux pales rouillées. Oui, un jour comme celui-ci, comme la veille ou le lendemain. Il se voyait déjà, jetant sans cesse des regards sans espoir à l’horloge qui était toujours inclinée avec un angle absurde depuis le premier jour où il avait franchi, plein d’espoir, le porche de son domaine. Il n’y avait aucune issue pour l’instant, il le savait. Trois ans à tenir dans cette fournaise, sans espoir et surtout sans femme.
Alors, il se leva, courbé par le temps et le désespoir, mais lorsqu’il de décida d’ouvrir en grand les vantaux fendillés, il savait déjà : ils étaient là, depuis des heures, debout, les mains jointes, implorant sa compassion, les yeux larmoyants, pleins de reconnaissance. Alors, pour la première fois depuis 12 ans, depuis ce jour où il s’était installé dans ce coin perdu du bout du monde, il se mit à les haïr férocement de tout son corps. Il porta la main à son ceinturon. Heureusement pour eux, il était vide

17/01/2007

Vue de ma fenêtre (5) Liberté

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Elle avait atteint cet âge où elle ne voulait surtout plus se poser de questions sur son avenir, tant le passé qui avait pesé sur tout son être avait imprégné le moindre de ses actes ; depuis des mois, depuis ce jour où il était parti, elle n’avait eu qu’une idée en tête ; se débarrasser le plus rapidement possible de la seule chose qui avait tant compté jusqu’à ce jour. Ce matin même, le maçon espagnol était venu comme elle lui avait demandé la veille, avec seulement sa truelle et un sac de ciment. A présent, la clé de l’entrée jetée au fond du canal sombre contemplé jour et nuit et qui n’avait jamais cessé de couler depuis son enfance, elle pouvait enfin savourer sa victoire et sa liberté.

13/01/2007

Vue de ma fenêtre (4) L"amante

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Elle n’avait pas d’âge, déjà vieille avant d’avoir vécu son enfance. Dans son regard sombre toute la lassitude du monde. Parfois, on l’autorisait à sortir, mais les occasions étaient fort rares. Dans quelques jours elle allait pouvoir enfin revêtir son long voile de bure blanche qui descendrait jusqu’à ses maigres chevilles. Nul ne pourrait alors mettre un nom sur cette frêle silhouette qui cheminerait avec une grâce enfantine et sournoise à la fois dans les rues étroites de la ville. Ni ses voisins, ni ses frères et encore moins son mari. Alors, sa liberté conquise, ses pensées vagabondant sans retenue, de porche ne porche, son destin de femme prendrait tout son essor et d’amant en amant elle pourrait enfin jouir de la vraie vie.

12/01/2007

Vue sur la palmeraie de Mahdi (Algérie)

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Succombant peu à peu à cet ennui qui terrasse peu à peu les nouveaux arrivants, chacun se hâte de trouver à l'ombre de leurs palmes rafraichissantes, enfin la paix. Or, si les toutes premières secondes s"égrènent, le temps n'en finit pas de se désagrèger dans la fournaise. En fin de compte, cruel espoir, déception grandissante, et c'est ainsi qu'on en vient à désirer de toutes ses forces, après quelques jours de ce que certains ont le toupet d'appeler le farnienté, les aubes grises, le frimas d'automne, le gel et la bise de chez soi. Alors, tout le paysage verdoyant s'éloigne et finit par se fondre dans une unique pensée, le prochain départ, le premier décollage. La décision prise, à peine murie, on se précipite aussitôt ragaillardi vers sa chambre, son armoire, sa valise, se jurant intérieurement de ne plus céder au mirage d'oasis, de palmiers, de ciel bleu