09.01.2007
Itinéraires et chroniques pour temples romains du Liban. (08) Bakka
BAKKA
33° 35' 30
35° 55' 11
85 Km
Chtaura. Route de Damas.
A la fourche d'Anjar direction Rachaïa –Marjayoun.
A 14 Km sur la droite le croisement de Aïn Arab et Kirbet Rouha.
Prendre la route de gauche qui traverse Aïn Arab pour atteindre 6 Km plus loin Bakka.
Bakka n’échappe pas à la règle !
Comme beaucoup de temples de la région, son podium (dont les quatre assises de blocs de granit sont toujours intactes actuellement) jouxte de très près les maisons du village. Leurs occupants ont naturellement usé de ses pierres.
L'âne trottait d'un pas nerveux, rendu plus rapide par les petits coups de roseau qu’assénait sans cesse l'enfant qui le montait. Il contourna les vieux murs et s'engouffra dans la ruelle au moment où la prière du muezzin s'élevait une fois de plus. La vieille femme qui était déjà rentrée et ressortie à deux reprises pour donner du grain à la volaille qui picorait devant sa porte, portait un lourd panier rempli de linge. Elle était aidée par un adolescent d'une quinzaine d'années.
L’air maussade, le garçon plaçait quelques vêtements sur un fil de fer.
- Je sais que ça ne lui plait pas à Tarek, il a quinze ans et il tu n’aime pas que ses amis le voient travailler comme une fille, même pour aider sa grand mère, dit-elle en s’avançant avec un charmant sourire, mais c'est son père qui a décidé. Moi je ne veux pas que mon petit- fils s'éloigne du village quand son père est absent poursuivit -elle en s’adressant à un public invisible. "Alors il faut obéir. Tarek, tu es un bon fils pour lui. . Ton père est dans l'armée, il a déjà perdu ta mère, une brave femme et trois de ses enfants à la guerre. Il ne reste plus que toi et ton frère. Que Dieu le bénisse, il ne nous oublie jamais celui-là, tous les mois il nous envoie de l'argent des Etats-Unis. La maison qui est collée au temple, c'est à nous. C'est un bon emplacement, très calme. Elle ne dérange personne, c’est interdit, mais ici, qui va venir ? La loi ? Quelle loi ! Bientôt, il y aura trois étages. Non, quatre. Quand ce sera fini, ton frère, mon autre petit fils, il reviendra et on pourra tous s’installer. Il y a de la place pour tout le monde et quand il va se marier, on fera la noce dans la cour du temple. C'est bien mieux comme ça".
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28.12.2006
(7)Itinéraires et Chroniques pour Temples romains du Liban. Amioun
AMIOUN
34° 15' 49 N
35° 46' 21 E
75 KM
Tripoli vers Bcharré.
Sortie de la capitale direction Amioun. A 10 Km de Tripoli, une route à droite conduit à Btourram, Bechmezzine, Amioun. L'église de Mar Jorios est en haut du village après avoir serpenté dans des ruelles très étroites. 2 ième itinéraire plus direct via Chékka et Kousba.
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L’église St Georges en plein cœur du village a été bâtie sur les fondations du temple. L’entrée de l’église est agrémentée de quelques fûts de colonnes qui brisent l’austérité de l’édifice religieux.
Côté sud, l’assise parfaitement visible est constituée de blocs massifs.
En pénétrant à l’intérieur de l’église, on remarque les modifications qui ont été apportées au cours des siècles à l’édifice religieux, mais les ajouts successifs n’ont rien enlevé au charme qui se dégage de l’ensemble.
Vers le ciel trop clair, chauffé à blanc ce jour là, telles des excroissances sauvages greffées à la colline dénudée, elles dominaient Amioun, élevant à l'unisson leur minuscule clocher, se ressemblant comme des sœurs jumelles. Un telle profusion ne pouvait qu'engendrer la confusion et dans le village, après s'être maintes fois renseigné, on finissait par admettre qu'Amioun en possédait une bonne douzaine de ces petites églises. Treize en fait. De toute façon, celle-ci une fois de plus n'était pas la bonne, il fallait donc poursuivre le chemin et monter bien plus haut. Après un parcours sinueux dans des ruelles étroites, une grande vasque et un fût de colonne attestèrent enfin que c'était bien là le bon endroit. Devant le porche, des ouvriers travaillaient à remettre en état la façade.
- Faites attention au ciment, il est tout frais mais rentrez. Vous ne vous êtes pas trompés. C'est bien ici, chez nous dans cette église, il y a juste un an qu'eut lieu le miracle. D'abord, je vous montre le souterrain.
L'homme qui tenait ces propos se présenta : il avait vécu à Amioun une grande partie de sa jeunesse et la guerre l'avait forcé à quitter le pays. Depuis peu, il était rentré et une de ses premières préoccupations avait été de réparer l'église. Il était ingénieur.
Après avoir déplacé quelques bancs et soulevé avec peine un tapis usé par les milliers de pas, il fit basculer sur le côté une trappe en bois qui venait d'apparaître. Se penchant au-dessus du trou qui ressemblait à un puits, il fit décrire à la torche qu'il tenait en main de grands cercles autour de la paroi en pierres taillées qui s'enfonçait dans l'obscurité.
- L'année dernière, nous n'avons pas été plus loin. J'ai mesuré : neuf mètres. C’est un souterrain qui date de la période byzantine. Il faudrait poursuivre les travaux, mais nous savons déjà qu'il aboutit un kilomètre plus loin à l'autre église, celle de St John.
Il resta silencieux un long moment et finit comme à regret par refermer la trappe, car l'obscurité qui enveloppait l'orifice ne pouvait confirmer davantage ses propos, mais le tapis replacé, en se relevant, il poursuivit avec un certain engouement :
- Mais le plus important, ce sont nos icônes, les plus belles de toute la région.
En se rapprochant de l'autel, on pouvait apercevoir malgré l'obscurité qui régnait à cet endroit, des miniatures parfaitement alignées, illustrant la légende de St Georges terrassant le dragon, certaines représentant très naïvement le chemin de croix. Des dates plus ou moins lisibles apparaissaient : 1820, 1840 , 1844.
- Si vous vous amusez à les compter, dit l’ingénieur qui s’était rapproché en silence, contemplant les icônes comme s’il voyait pour la première fois , nous en avons soixante
- Tenez, celle-ci, c'est notre icône de la Vierge et grâce à elle, le 2 avril 1995, notre église est devenue célèbre. Sinon, vous ne seriez pas là, n'est-ce pas ! Ce jour là, tous les fidèles, et j'en faisais partie, c’était juste avant la fin de la messe, nous avons vu une grande lueur qui sortait de l'icône, celle qui était juste placée derrière le père qui officiait. Je vous assure, j'étais à trois mètres, je me suis précipité. De l'huile, oui Monsieur, croyez moi, j'ai vu de l'huile sainte qui suintait de la toile. Cela ne s’arrêtait plus et ne me dites pas que ce sont les pigments de la peinture qui tournaient à cause de la chaleur ou de la lumière. Ici, il fait toujours frais et nous n'avons que quelques cierges. Nous avons tout de suite compris que c'était un signe de Dieu. Nous nous sommes agenouillés à la place où vous vous tenez en ce moment et nous avons recueilli de cette huile. C'est à partir de ce moment que les miracles ont commencé dans notre région.
Il resta un moment silencieux puis s’avança vers l'entrée. Sur un pupitre, un grand livre était ouvert. Sur chaque page couraient des phrases en plusieurs langues, dans une écriture souvent maladroite.![]()
- Approchez vous, il suffit de lire. Voilà, tout est écrit ici, tous ceux qui sont passés par notre église. Il y a les témoignages des médecins et surtout ceux des malades. Je suis ingénieur, je vous l'ai dit tout à l'heure et je ne crois qu’à ce que je vois ; j'ai vu de mes propres yeux et le même jour un malade marcher, un handicapé des deux jambes. Nous l'avions frictionné le matin avec un simple coton imbibé d'huile sainte. Attendez, ne souriez pas, dans la même semaine c’est une vieille dame aveugle qui a retrouvé la vue sur le champ . J'aurais aimé que notre prêtre vous en parle, il aurait pu vous fournir d'autres témoignages dignes de foi. Mais je regrette, il n'est pas là, il part en voyage chaque année quelque part et cette fois il est parti au Brésil pour informer la communauté de ce qui s'est passé. En fait, depuis le miracle, nous recevons des gens du monde entier, mais suivez - moi.
L'ingénieur était devenu silencieux, comme étourdi par ses propres paroles qui résonnaient sourdement dans le chœur. En regagnant la lumière, il regarda une dernière fois les icônes qu'il n'avait pratiquement pas quittées du regard, comme pour vérifier qu'elles resteraient à jamais là, dans la pénombre.
- J'ai oublié de vous dire, que ce temple sur lequel a été bâti l'église, notre chère église, était très connu dans l'antiquité. On l’avait surnommé " le Temple de l'Amour "!
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(8)Itinéraires et Chroniques pour Temples romains du Liban. Akroum
AKROUM
34° 32' 34 N
36° 21' 26 E
165 Km
Route de Tripoli et d’Homs
Se diriger à l’est vers Kobeyat. Dépasser cette localité d’une trentaine de Km pour arriver à Akroum qui semble être le bout du monde. Ne pas hésiter à se renseigner pour atteindre le temple caché en plein cœur de la montagne.
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De nombreux fragments de moulures au sol, des murs avec arcades séparés par une arche, ce qui est peu fréquent, voire rare, une cella en forme d’alcôve, des corniches ouvragées assez bien conservées, enfin l’existence commune de trois temples prostyles qui côte à côte s’étendent face au lac d’Homs : l’ensemble de ces vestiges mérite le déplacement et la peine qu’on se donnera à gravir la forte pente de la colline pour accéder à ce site fort éloigné de la capitale
Seul le ronflement sourd du narguilé se percevait. Tous les trois, les genoux repliés sous eux, sur un tapis qui avait perdu depuis longtemps ses couleurs, ils se tenaient immobiles, les mains à quelques centimètres au-dessus du poêle. Un ancien poêle à bois, tout rouillé de l'extérieur et dont le conduit en fer blanc laissait passer par à coups un peu de fumée qui montait doucement en de petites volutes au dessus du groupe silencieux. La pièce était fort sombre : une lumière faible qui provenait de l'unique lampe à pétrole posée à même le sol. A l'origine blanche, la teinte des murs avait viré au gris, tandis qu'au niveau du plafond, là même où le tube étroit s'enfonçait, tout le pourtour était noir.
Celui qui fumait par petits coups le narguilé paraissait le plus âgé, mais il était difficile de se prononcer sur son âge. Le torse légèrement incliné, à voix très basse, d'une voix presque inaudible, il se présenta comme étant le cheikh. Posant le tube flexible qui n'avait jamais quitté sa bouche, d'un geste lent, il commença en silence, sans que ceux-ci aient relevé la tête, comme hypnotisés apparemment par la vision du poêle qui à vrai dire ne dispensait qu'une maigre chaleur, à dénouer le turban blanc qu'il portait, et tout en le déroulant avec un soin extrême, il prit à témoin la femme qui disposait aux pieds des hommes un minuscule plateau qui supportait une grande cafetière cabossée.
- Le temple romain, c'est comme s'il n'existe pas pour nous. On sait qu'il est là. Moi, ça fait bien six mois que je ne suis pas monté. Pour aller en haut, ça prend du temps. On nous a installé le téléphone cellulaire il y a une semaine, ici il ne fonctionne pas. Il n'y a qu'un endroit d'où on peut parler, c'est là-bas, il n'y a rien qui gêne.
Il se tut un long moment et son voisin lui tendit le narguilé. Il aspira longuement sans que rien ne vienne, puis des petites bulles finirent par monter avec un léger bruit dans le verre transparent. Un long silence remplissait à présent la pièce dont les contours disparaissaient dans la fumée qui avait envahi peu à peu chaque recoin. La femme qui s’était tenue immobile à l’écart du groupe se rapprocha du poêle comme pour se réchauffer, sans oser joindre ses mains à celles des hommes. Elle avait le regard fixé au sol et tenait encore la cafetière vide dans sa main. Elle l'agita deux ou trois fois et dit sans lever la tête :
- Aujourd'hui, il faut monter téléphoner pour avoir des nouvelles de ton petit -fils à l’hôpital , tu as juste le temps avant la nuit .
Alors l'homme sans paraître gêné par le tube de narguilé qui était resté en bouche, pour la première fois lança un regard vers ses amis et dit d'une voix ferme qui n'avait plus aucun rapport avec le ton qu'il avait utilisé auparavant :
- C’est d'accord, ma femme, tu as raison ! Je m’arrêterai avec le monsieur et je ferai une prière pour le petit de mon fils. Le dieu des Romains, c'est le mien aussi. Je vais en profiter pour voir comment se porte la montagne et notre temple d'Akroum. Avec les pluies cette année, je me demande ce qu’il en reste.
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29.11.2006
(6)Itinéraires et choniques des temples romains du Liban. (6)
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AÏNTOURA
33° 53’ 06 N
35° 45’ 49 E
50 Km
Prendre la route Mrouj-Zahle via Bois de Boulogne. 1 km avant Aïntoura, tourner à droite (juste devant le transformateur couleur jaune en haut d’un poteau électrique en bois) pour prendre un sentier. Prévoir 20 Minutes de marche. Descendre jusqu’au ruisseau, le traverser et passer devant la bergerie. Le temple se trouve juste à proximité d’une maisonnette en pierres du pays
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Il avait fallu parlementer longtemps avec les villageois. Le groupe rencontré près de la petite place d’Aïntoura hésitait : difficile pour la plupart de se souvenir après tant d’années de l’emplacement exact du temple et de s’y rendre, car l’accès n’était pas aisé. Michel, lui venait juste de rentrer d’Afrique. A 65 ans, il voulait profiter pleinement de sa retraite. La marche lui était déconseillée à cause de ses rhumatismes. Wissam, de son côté, chauffeur de poids-lourds, la trentaine sportive, se souvenait vaguement de l’endroit où il jouait il y a fort longtemps. Il se décida finalement : repartir sur les traces de son enfance n’était pas pour lui déplaire mais il allait prendre sa carabine pour se protéger des serpents. Jusqu’au temple, la descente était scabreuse même en roulant très lentement. La pente était raide et il fallait éviter sans cesse les ornières sournoises. Mais avant de retourner sur le sentier qui menait aux ruines, Wissam tenait absolument à revoir une des deux bergeries dont il gardait souvenir de l’époque de son grand père. Il fallait donc laisser le temple derrière soi et remonter d’abord tout droit vers le soleil.
Pour escalader les restanques, les pieds devaient s’accrocher au sol sec qui s’effritait. La première bergerie apparut enfin : une seule pièce, sans toiture, à l’abandon. Mais un peu plus loin, d’autres murs montés à l’ancienne étaient visibles, protégés par un épais feuillage. A quelques mètres de l’habitation ouverte aux quatre vents, plusieurs fosses vides, toutes façonnées en pierres. Wissam tira en prenant tout son temps une cigarette de son paquet d’américaines pour raconter :
- C’est ici que se préparait le débés devant moi et mes frères . Ses souvenirs allaient être interrompus au même instant par l’arrivée d’un villageois, la soixantaine, le visage sec, cuit par le soleil, un bâton à la main et qui, sorti de nulle part, était suivi d’un chien jaune à la tête balafrée. La taille haute, le torse ceint d’une grande écharpe de couleur vive, le berger ne paraissait pas surpris par la présence de visiteurs sur ces lieux. Deux vaches aux flancs maigres arrivèrent aussi silencieusement que lui, se dirigeant sans hésiter vers l’une des grandes fosses où flottaient de grandes feuilles amenées par la brise.
- Depuis vingt ans, depuis la guerre, ce n’est plus un abri, dit l’homme qui ne s’était pas présenté et avait fait seulement un petit geste de la main en arrivant. Les miliciens à l’époque, c’est là qu’ils dormaient avant de repartir plus haut et quand ils étaient trop nombreux, ils restaient plus bas dans le temple romain. Tout le monde pouvait les voir de la vallée, ils allumaient un feu qui éclairait les pierres comme en plein jour. Tout ça c’est fini. Ici, c’est calme à présent.
Il avait commencé par sortir une vieille pipe de sa vareuse et poursuivit de la même voix basse :
- A quatre heures, je passe et je me repose un peu comme maintenant, comme hier et avant hier. Je pars avant la nuit avec mes bêtes vers Aïntoura, vers ma ferme. J’ai six enfants, mais aucun ne m’aide car il y a l’école.
Devenu soudain silencieux, il tourna son regard vers la vallée. Puis levant d’un geste lent son bâton, il le tendit vers la plaine et rebattant son foulard sur le visage, il commença au rythme de ses pas et de son temps à descendre lentement, suivi des deux vaches et de son grand chien jaune, posant fermement d’un geste précis le bâton sur la pente qui conduisait au temple et plus loin à sa ferme.
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20.11.2006
(5)Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Ain Kfar Zaébad
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AIN KFAR ZABAD
70 Km
Route de Damas jusqu’à Chtaura et à l’embranchement de la caserne de Rayak. 6 km plus loin prendre la bifurcation de droite vers Kfar Zabad et emprunter le sentier qui mène à l’émetteur TV. 45 mn de marche, puisqu’il ne permet pas encore actuellement l’accès en voiture aux installations techniques et encore moins aux temples.
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De chaque côté de la route s'étendaient les greniers éternels du Liban. Tels d'immenses damiers, les champs d'orge, les grands carrés de blé et de canne à sucre se déroulaient en une longue perspective panoramique qui se perdait au loin dans un voile transparent de chaleur. Depuis Zahleé les mêmes scènes s'offraient au regard. En venant de Beyrouth, il suffisait de descendre vers la vaste plaine de la Békaa, pour découvrir au loin des taches de couleurs écarlates, parfois animées, le plus souvent immobiles.
En approchant, on voyait que c'était des femmes, des enfants et des hommes de tout âge, courbés, certains avec de grands sacs sur les dos, d'autres de simples paniers à la main, ramassant, creusant, fouillant et fauchant, tous débordant d'activité. Mais ce qui frappait le plus, c'était le rythme monotone, répétitif, qui imprégnait les gestes. Etait-ce dû à la chaleur ? Dans cette économie de mouvements que l'on percevait, où se devinait le souci d'efficacité, peu de paroles et encore moins de chants ne s'élevaient dans l'air sec.
Parfois, un tracteur faisait rugir son moteur en arrivant à toute allure près d'un groupe. Il s'ensuivait une petite bousculade. C'était à celui qui en premier déchargerait le plus vite possible son sac dans la remorque et à ce moment on pouvait voir des gamins de huit à dix ans, dans leur précipitation en renverser à moitié le contenu sur le sol. Des rires fusaient de toutes parts et les mères en profitaient pour s'octroyer un peu de répit en resserrant autour de la taille leurs vêtements trop amples.
La route pour Kfar Zabad était encombrée par des motoculteurs qui roulaient en s'appropriant toute la chaussée ; il fallait donc se ranger suffisamment tôt par précaution, car les conducteurs roulaient vite. Le dernier d’une longue file se rangea sur le côté afin de laisser la chaussée libre :
- Kfar zabad ? ou Ain Kfar Zabad, attention, ce n'est pas la même chose ! s'exclama, le chauffeur dans un français approximatif, mais, c’est la bonne direction dit-il en se baissant sur le sol tout en relevant sur son front brûlé par le soleil son chapeau de paille.
Il commença à dessiner la route à grands traits sur le sol :
- J’y vais tous les après - midi. Je livre de l'eau à partir de six heures, j'arrête en principe à trois ou quatre heures. Je fais une dizaine de voyages avec ma citerne. Les gens ici, n'ont pas les moyens de s'offrir un puits, il faut creuser au moins cent mètres et ça coûte cher. Je ne sais pas si cette année le gouvernement va aider les habitants comme il nous a promis. Il y a bien un peu partout des sources, mais il faut poser les canalisations. Nous, les Libanais, les jeunes comme les vieux, on a appris qu'il ne faut jamais être pressés par le temps. Ici, ce n'est pas l'Europe, il faut être patient.
Cette philosophie de l’action allait pouvoir se vérifier avec le chemin qui se dirigeait vers le temple de Kfar Zabad. Il était long, pénible, la caillasse roulant toujours sous les semelles, et le paysage allait rester austère tout au long des quatre ou cinq kilomètres qui menaient aux ruines. Ce jour, je disposais de trois compagnons de route. En chaussures de ville bien cirées, ils avançaient avec nonchalance. Leur voiture était restée plus bas. Normalement, ils faisaient chaque semaine ce voyage pour grimper près du relais de télévision installé à côté des ruines.
- On dépend du Ministère des Ressources hydrauliques et il faut faire des rapports précisa Rabiah le plus causant des trois hommes et qui avait enlevé sa veste pour être plus à l'aise. Normalement, je travaille sur place, mais je dois voir la Direction au moins une ou deux fois à Beyrouth. Toute ma famille est là, j'ai une maison et neuf enfants et je n'aime pas m'absenter. Je reviens le soir même s'il y a de la neige ou du brouillard. Je préfère mon village. Beyrouth, c'est trop loin, et ce n'est pas calme !
Les ruines apparurent, elles étaient très dispersées, avec par ci, par là des linteaux brisés et quelques socles doriques.
- C'est vrai poursuivit Rabiad qui avait remis sa veste à cause des bourrasques du vent qui s'était levé : quand j'étais plus jeune et que je montais avec mes frères pour chasser les oiseaux, il y en avait des dizaines comme celui là, dit-il en tapant de la main le socle où il s’était assis. Il faut comprendre, avec le coût du ciment, chacun se sert comme il veut. Avec cette pierre par exemple, tiens, on peut faire une bonne table basse qui ne bougera pas pendant des années. J’ai la même chez moi.
Plus tard, en revenant directement par le flanc de la montagne, pour gagner du temps sur la nuit qui tombait vite, dans une maison où régnait déjà presque l'obscurité, une petite fille de deux ans entourée de ses trois frères et cinq sœurs, nous offrit son sourire. Le père après avoir allumé une lampe à gaz, s'empressa de déposer quelques tasses en plastique bleu sur un socle en pierre semblable à celui vu quelques heures plus tôt. Toute la famille s’était regroupée sur un vieux canapé élimé. Puis, en attendant qu’on ait fini de verser le café, les enfants redevenus silencieux sur un simple regard de sa part, Rabiad commença à parler une fois de plus du sujet qui lui tenait à cœur depuis notre rencontre : des pièces antiques avaient été découvertes la veille même, à moins de cent mètres de l'endroit où nous nous trouvions cet après – midi. Il fallait les voir à tout prix avant qu’elles ne partent pour Londres.
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21:20 Publié dans Loisirs/Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : temples romains, Liban, tourisme, Beyrouth
18.11.2006
(4)Itinéraires et chroniques des temples romains du Liban. Ain Hircha
AIN HIRCHA
95 Km
Route de Damas. Avant le poste frontière, tourner vers Rachaya et passer par le village de Beit Lahia pour atteindre celui d’Ain Hircha. Le temple est seulement accessible par un sentier qui monte abrupt vers la montagne. 45 Minutes de marche permettent d’arriver aux ruines.
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Charbel n’avait que treize ans. Mais, depuis son père, depuis son grand-père, depuis toujours, il avait gardé l'habitude de la montagne et ses pieds nus, ne ressentaient même plus la dureté des pierres aigues et coupantes du sentier qui montait sans cesse en lacets. Il s'arrêta au sommet enfin après plus d'une demi – heure d'escalade et sans même prendre le temps de reprendre son souffle, il annonça de son air le plus sérieux possible :
- C'est le tombeau d'une reine. Elle est morte il y a très longtemps. Quand ? Je ne sais pas, mais tout le monde dit par ici que c’est ce serpent qui l’a tuée ! Elle était belle.
En bas du podium, un sarcophage en effet s'offrait au regard et la dalle qui le recouvrait à l'origine, intacte, sans même une cassure, était inclinée sur le côté. On y voyait le corps d'un long reptile dont les écailles brillaient à contre-jour, s'allongeant sur plus de deux mètres et s'achevant par un visage, celui d'une femme aux traits assez réguliers malgré le passage des siècles qui en avait estompé le contour. Elle contemplant de ses yeux vides, éteints, le ciel immense.
- Quand j'étais plus jeune, je venais au moins une fois par semaine avec mon frère pour regarder le serpent et on s'asseyait ici à l'entrée de cette grotte pour discuter avec notre ami, un vieux berger. Je me souviens de lui, il s'appelait Tony et on aimait bien se reposer ici avant de redescendre au village. On faisait un petit détour pour s'arrêter ici près du temple et pourtant pour lui, ce n’était pas intéressant de venir, il n'y a jamais assez d'herbes pour ses chèvres, mais il aimait nous retrouver. Voilà, c’est bien cette grotte où il allumait du feu pour cuire son pain..
Charbel s'était arrêté pensif à l'entrée de l'ouverture circulaire, le regard dirigé sur le sol où quelques vieilles boites de conserves rouillées traînaient. Puis après un assez long moment, tandis que le temple plongeait peu à peu dans l’ombre, il continua :
- Un jour, nous sommes montés ici mais on ne l'a pas vu. On l'a attendu longtemps puis on a fini par descendre au village. On est revenu plusieurs fois mais il n'était jamais là. Un jour, on m’a dit qu’il avait marché sur une mine que les intégristes avaient posée et qu’il avait perdu une jambe. Après, nous ne sommes plus montés au temple. C'est la première fois que je reviens à cet endroit depuis quatre ans, je croyais que Tony pouvait revenir, mais je me suis trompé, c’est trop haut par ici et un berger avec une jambe, il ne peut plus rien faire.
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11.11.2006
(3)Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Aaqbe
Du temple d’Aaqbé, très peu d’informations visuelles subsistent. De nos jours, les pierres des édifices romains sont couramment utilisées par les habitants ou les paysans du coin.. Aaqbé n’échappe pas à cette règle. Heureusement quelques tambours de colonnes ainsi que plusieurs linteaux éparpillés à la ronde suffisent pour confirmer l’emplacement et l’existence de cet ancien temple à antes.
Toute la famille était groupée autour de la table dressée sous un auvent de fortune : une toile de tente de bédouin percée de partout et raccommodée avec de grands morceaux de plastique. Des parpaings étaient alignés à côté, attendant d'être montés un par un à la main pour former la nouvelle bâtisse. L'habitation serait achevée avant cet hiver. Il n'y aurait pas de chauffage, mais les conduites d'eau comme l'électricité d'ici là auraient été installées.
C’est ce qu’affirmait le chef de famille, un paysan massif, au regard inquisiteur posé sur son entourage. La femme, elle, restait silencieuse, déposant seulement devant chacun une assiette, ne regardant jamais son mari, mais hochant parfois vigoureusement la tête. Le fils, lui, était resté bien à l'écart, fumant, l'air absent.
Le temple, il n'est pas loin, dit l’homme, mais il vaut mieux par cette chaleur prendre la voiture. Mon fils va montrer le chemin, il n'a rien à faire aujourd'hui. Il m'aide de temps en temps avec le tracteur mais il n'aime pas la terre. Il m'a dit hier, qu'il voulait s'engager dans l'armée. Moi, je le laisse faire, il a dix huit ans. Il ne sait pas que les soldats, on les nourrit et on les paye seulement pour faire la guerre. Moi, je veux oublier cette guerre. Cette maison, une fois qu'elle est finie, j'en fais un restaurant. Ce sera le seul d'Aaqbe, bien placé pour tout le monde. L'année prochaine, je pense, et il faudra bien qu’un car de touristes s'arrête chez moi. Il y a trois mois, j'ai fait venir le bulldozer, pour mon champ, celui que je cultive à côté des ruines romaines.
- Il n'y avait que quelques pierres qu’il fallait enlever. Quand je roulais avec le tracteur, ça me gênait un peu. Je me disais toujours qu’il fallait le faire mais chaque année c’était la même chose, je trouvais une raison et les morts, on ne va pas les déranger pour un oui, pour un non et c’est plus de mon âge de me baisser. Cette fois là, je me suis décidé, mais avec le bull, ça n’a servi à rien. Mon fils, lui, il a creusé, avec une pelle. Il a de bons bras, on le sait tous ici et il ne refuse jamais d’aider les voisins même s’il dit que la terre, c’est plus sa partie. Lui, il a eu plus de chance que moi. Qu’est - ce qu’il a trouvé ? Pas grand chose mais c’est un bon début, quelques pièces. Un petit tas qui tenait dans une main. De l’argent romain. Il est descendu à Tripoli et il a tout vendu en une heure. Il n’a rien gardé comme souvenir. Tiens, je suis sûr qu'il y a encore quelque chose par ici. Un jour, le propriétaire est passé, il y a deux ou trois ans. On le voit rarement, il est de la ville et s’il passe et qu’il pleut il ne sort même pas de sa voiture. Il était venu avec des amis. Trois jours qu’ils sont restés en haut, même la nuit, ça travaillait. Puis ils sont partis et ils sont revenus deux jours après avec un pick-up. Qu’est-ce qu’ils ont trouvé, je sais pas. Je suis parti voir. Il y avait un trou de trois mètres au moins qui n'existait pas avant. Alors maintenant, je prends mes précautions, je dis toujours à ceux qui viennent par ici, si vous trouvez quelque chose, moitié pour vous, moitié pour moi, même si c'est une pierre, je vous la laisse, mais on discute d’abord. Si je trouve de l’argent romain, c’est pour ma sœur. Elle veut se marier et ici au Liban, ça coûte cher une noce.
L’air s’engouffrait par vagues chaudes dans le véhicule dont les vitres avaient disparu. Tant bien que mal, avec des hoquets et des soubresauts, on se dirigea lentement vers le grand champ de pierres blanches qui attendaient au soleil.
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06.11.2006
(2)Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Afqa
Une fois le véhicule arrêté, le silence retombant, de la haute falaise qui domine, un grondement extraordinaire qui ressemble étrangement aux clameurs de la foule des stades. éclate aux oreilles. Attiré par le tumulte, on avance vers le petit pont et en direction de la barrière perpendiculaire de rochers qui le surmonte. De là, levant la tête, la source d'Adonis déferle et se projette, jaillissant d'un immense trou noir en un large faisceau d'argent.
Suivant un tracé complexe de courbes, tourbillonnant de marche en marche, profitant de chaque roche pour rebondir, cette masse de blancheur, après s'être scindée en deux parties mouvantes, finit par s'étaler en une large nappe bleutée. Le spectacle est assez grandiose pour qu'on veuille s'y attarder de longs moments ; puis lassé par le cycle perpétuel de cette trombe qui se déverse sans cesse et assourdit finalement, le regard quitte la cascade et part à la recherche du temple.
On hésite. Nul pour vous renseigner et vous conseiller parmi le choix qui s'offre à vous. Faut-il poursuivre vers les hauteurs avec cette route qui monte sur la gauche ? Ou plutôt en direction des quelques maisons après le pont ? A-t-on dépassé sans s'en rendre compte l'endroit ? Enfin, on finit par comprendre que seule, la légende a survécu dans la mémoire des hommes. Car, juste derrière soi, face à la source et confondu avec la masse de rochers qui borde le parapet, apparaît un pan de mur ancien, antique, délabré.
C'est bien le temple d'Adonis. Pour apprécier au mieux les formes, il faut se décider à grimper sur un monticule avec précautions sous peine de glisser plus bas dans le lit de la rivière : là, le muret n'offre à première vue rien de particulier. Ce sont les habituels blocs de granite rectangulaires envahis par la mousse et le lichen. Ils sont si érodés par le temps qu'ils ont tous pris une teinte grisâtre. L’œil cherche à s'accrocher quelque part à une masse ou une forme plus pittoresque, mais en vain.
On se décide, alors, déçu, à redescendre de ce promontoire instable. C'est alors qu'en contournant la place, on s'arrête. Dans un champ couleur émeraude, une mosaïque de plaques scintillantes, comme une parure de diamants, saute au regard. Eclats de verre, de terre et de pierre éparpillés au soleil, des dizaines de rocs et blocs ont roulé en chœur des hauteurs du promontoire et cette avalanche désormais s'étale en un immense damier. Est-ce le hasard, une illusion, les lois de la gravité ?
Certaines pierres semblent vouloir dessiner au sol des formes familières : voici une voûte qui reprend sa forme, là, un muret qui s'allonge sur plusieurs mètres, plus loin n'est-ce pas l'éventail d'un amphithéâtre ? Ici, des morceaux d'une colonne brisée qui, bien que distants, semblent vouloir se rapprocher. Une main puissante a tout balayé sur son passage et pourtant, ce château de cartes reste déchiffrable. Par jeu d’ailleurs, l’œil se plaît à vouloir reconstituer à partir de ces éléments si disparates les multiples puzzles possibles.
Peu à peu, le sanctuaire semble vouloir reprendre sa place dans l'espace. Au même instant, la source se fait entendre et telle une vaste toile de fond pour une tragédie antique le site retrouve sa signification de royaume peuplé de dieux et de déesses dont l'histoire et le drame se poursuivent encore de nos jours. Une phrase du peintre orientaliste Jérôme Fromentin se présente alors à l'esprit : - En passant par le souvenir, la vérité devient poésie et le paysage tableau -
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27.10.2006
Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Présentation
Réactions libanaises aux envahisseurs romains
Par rapport aux autres envahisseurs qui avaient déferlé sous les cieux orientaux, les habitants eurent donc à faire face non pas à des barbares qui sèment la terreur sur leur passage et laissent un pays exsangue, mais à une domination intelligente, réfléchie, voire souvent teintée de sensibilité. Comme il y avait une grande part de calcul dans l’établissement des rapports avec l’autochtone, le contact avec celui-ci dans le cadre pratique de l’exercice de l’autorité, s’évertuera pendant de longues périodes à rester humanisé.
Dès le début, celle-ci, lorsqu’elle se manifesta, fut rarement arbitraire, encore moins dictatoriale (sauf lorsqu’elle se sentait menacée). Ainsi, cette osmose entre le peuple romain et l’oriental va pouvoir s’exprimer, sans entraves à tous les niveaux, aussi bien militaire et politique que culturel et religieux.
Succédant à Pompée, Jules César prit le parti de s’attirer les bonnes grâces des hauts responsables syriens en les désignant à de hautes fonctions dans la nouvelle administration romaine. Lui même s’établit à Antioche. Mais ce fut avec l’empereur Octave, fils adoptif de Jules César, que la création de l’Empire romain débuta véritablement. Octave se vit décerner pour services rendus au pays le titre d’Auguste après qu’il eût vaincu trois ans auparavant à Actrium (en 31) Marc Antoine, lequel décidera de se suicider avec Cléopatre.
Ce titre permettra à Octave de disposer de moyens exceptionnels pour gouverner et restructurer des institutions républicaines qui avaient grandement souffert des guerres civiles. Le Sénat continuera à exercer son autorité sur l’Italie et Rome, mais par contre à l’extérieur du pays, les provinces seront placées sous l’autorité directe des légions et des armées d’Auguste.
Un tel ordre ne pouvait qu’être bénéfique à la capitale et à ces provinces. Ce sera la période de la Pax Romana. Dans l’histoire de l’Empire, certaines villes, Antioche, Bérytus, comme nous l’avons dit plus haut jouiront avec le temps d’un certain prestige. Mais pour leurs gouverneurs, les routes qu’il fallait tracer et construire pour se rendre d’un point à l’autre de Empire, transitant par les postes et forts qui dominaient, contrôlant l’accès de ces cités, méritaient un soin particulier, ne serait-ce que pour permettre le déplacement rapide de troupes, l’échange de correspondances et l’acheminement de marchandises.
Sans atteindre en comparaison l’extraordinaire réseau routier qui en Afrique du Nord finit par atteindre 20 000 Km de voies pavées, le long de la côte, de la Syrie à Jérusalem le parcours s’avérait relativement facile. Par contre la montagne constituait l’obstacle naturel le plus gênant à cette entreprise de génie civil qui allait perdurer plus de trois siècles.
De nos jours, le promeneur qui a l’occasion d’emprunter un ancienne voie romaine percée dans la muraille calcaire libanaise, comprendra les difficultés qui se sont posées aux bâtisseurs de route de l’époque. Il n'empêche qu’à aucun moment, le culte rendu aux divinités ne s’est interrompu quels que soient les problèmes techniques de la construction. Régulièrement, selon les désirs des empereurs, exprimés depuis la capitale auprès des gouverneurs syriens ou sur place par les notables qui aimaient à se faire valoir auprès des autorités romaines, des changements légers ou profonds étaient opérés à l’architecture du temple.
Agrandissements, nouvelles pièces, décorations particulières, embellissements divers, pose de statues au niveau des galeries, le style, quant à lui, restait fidèle aux nouveaux principes de l’époque qui cherchait à s’éloigner le plus possible de l’ancien classicisme grec. Les siècles qui s’écouleront ne changeront pas grand chose à cette volonté d’exprimer la grandeur au service du religieux. Finalement, les difficultés multiples rencontrées par les architectes de l’époque seront résolues et dépassées. L’homme restera fidèle au service des dieux car il se devait de les honorer en permanence en dépit des vicissitudes de son existence.
Car, pour le voyageur comme pour le commerçant, pour le navigateur ou le pécheur qui partait au large jeter ses filets et rentrait au port sa barque légère, pour le paysan soucieux de sa récolte, craignant la grêle et inquiet des nuages qui s’amassaient à l’horizon, pour le citadin et père de famille, pour le soldat, pour l’empereur, le temple et l’autel font partie intégrante du décor. Ils sont les jalons de toute une vie.
La victoire sur un plan militaire comme la réussite sur un plan social, le vœu à exaucer ou la quête du meilleur lendemain transiteront obligatoirement par la prière adressée à l’au-delà. L’autel sera le récipient de toute cette ferveur projetée vers les cieux. Il deviendra donc le pèlerinage quotidien pour les uns, l’arrêt, l’étape indispensable, pour les autres.
Aux voyageurs soucieux de s’attirer les grâces divines, aux passants qui veulent glorifier les dieux de l’Olympe, les temples libanais et syriens éparpillés dans tout le pays, de la mer à la plaine, de la plaine aux sommets des gorges, d’Antioche à Palmyre, sur la Phénicie de Tyr à Byblos, offriront tous leurs chants d’espoirs avec leur cella20, espace clos et sombre pour les officiants et leur parvis ensoleillé à la dévotion des pèlerins. Construits le plus souvent avec faste, parfois seulement dans un simple appareillage de moellons bruts mais émergeant dans un décor grandiose qui les mettra encore plus en valeur, toujours unis à la nature, voire confondus avec l’élément céleste, ils ne s’élèveront la plupart du temps au regard qu’à partir de points culminants.
On les découvre, murs de pierres sèches s’élevant au milieu des vignes et des champs de blé, à moins que dans un bourg misérable, ce ne soit qu’un autel de taille modeste mais toujours savamment décoré. Ailleurs, dans la cité florissante, riches et parés, cernés des torses cuirassés victorieux et de visages altiers, donateurs sculptés et immortalisés dans le marbre, ils seront nombreux sur les places et en haut des bosquets, à établir le lien entre l’homme et les dieux. C’est à celui qui rivalisera par son air de grandeur, de solennité, de magnificence.
L’art romain, à travers ses différentes manifestations, se devait de paraître imposant et solennel ; pour des raisons compréhensibles, le prestige, l’orgueil, se répercutera ostensiblement sur le plus petit édifice et sur la moindre pierre de sa construction afin de magnifier la puissance de l’Etat
On pourrait penser que le littoral libanais n’a pas compté dans l’implantation des édifices religieux romains. En fait, cette présence s’est manifestée concrètement dès le début de l’Empire dans les villes comme Tyr, Saida, Beyrouth, Byblos, Batroun, Tripoli. Dans ces cités, les habitants, rendaient hommage comme il se doit aux dieux qu’ils gratifiaient dans leurs temples respectifs.
Les fouilles entreprises au centre ville de Beyrouth depuis 1993 font apparaître des témoignages suffisamment éloquents sur cette période (pièces de monnaie représentant un temple, dédicaces au dieu et à l’empereur etc.) pour lever les doutes quand à l’existence de temples en milieu citadin et dans le contexte du littoral.
Mais les destructions, tremblements de terre, pillages, se sont chargées au fil du temps, d’éparpiller les éléments caractéristiques de la construction des temples tels les blocs et moellons spécifiques, sans parler des tambours de colonnes et chapiteaux utilisés à n’importe quelle fin. Nous partirons donc à la recherche de témoignages un peu plus consistants même s’il s’agit de ruines, en dirigeant nos pas vers trois aires du pays qui se regroupent pour former la montagne libanaise.
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22.10.2006
1/ Itinéraires et chroniques des temples romains du Liban . Baalbeck
A chaque pas, marche après marche, pour pouvoir se hisser, sa main osseuse appuyait avec précision mais de tout son poids sur la canne au pommeau d’argent, ce qui faisait alors résonner la pierre d’un son mat et étrange et tourner les têtes. Le corps paraissait si chargé d’ans que des regards compatissants s’étaient déjà levés vers la silhouette qui par saccades s’élevait mécaniquement vers les colonnes. Deux hommes s’étaient fait rabroués par un mouvement hautain du menton et la canne s’était élevée presque menaçante, balayant l’air comme pour chasser les intrus qui dissimulaient à la vue le grand espace nu qui s’ouvrait vers le podium.
Comme pour le temple de Bacchus, les niveaux inégaux du grand escalier qui menaient à Jupiter ne l’avaient pas découragée pour autant et c’est d’un souffle régulier qu’elle avait commencé cette nouvelle ascension, refusant sèchement le bras de la jeune fille qui se tenait à ses côtés. En haut, sans même prendre une pause, elles se dirigèrent toutes deux vers les grands mâts de granit et d’une pas si alerte cette fois-ci, que des sourires éclairèrent la face des touristes qui avaient reposé un moment leurs appareils pour suivre des yeux l’étrange couple. La jeune fille avait d’ailleurs tout pour plaire. Avec son allure élancée, on lui aurait difficilement donné vingt ans. Tout était gracieux en elle en dépit du rythme que lui imposait la vieille dame sur les marches. En pleine lumière, le soleil éclairait un visage éclatant de santé mais c’était surtout sa compagne bien plus âgée qui retenait l’attention. La démarche si claudicante donnait à chacun l’impression que le sol allait se dérober à chaque pas et que finalement la vieille dame roulerait en bas de l’escalier. Paradoxalement, les traits du visage que venait de découvrir la voilette qu’une main nerveuse venait de relever semblaient peu flétris par le temps, découvrant les minces rides qui auraient pu appartenir à un être de soixante cinq, soixante dix ans tout au plus ; en fait, c’est à Baalbeck qu’A... était venu tout spécialement fêter sa quatre vingt seizième année :
- Vois-tu ma petite fille, dit-elle d’une voix claire et bien timbrée, je m’étais jurée de faire ce voyage avec ou sans toi ; revoir Baalbeck avant de passer de l’autre côté, mais non, ne protestes pas comme tous ces nigauds qui croient me faire plaisir, je sais bien que je n’en ai pas pour longtemps, un an , deux au plus. Bon ce n’est pas ça l’important et tu le sais aussi ; au moins tu ne sais pas mentir et c’est ce que j’apprécie en toi ; dire que ta mère était contre ce voyage. Ma fille ne comprendra jamais rien à l’art, et ça se dit artiste parce qu’on se rend trois fois par an dans une galerie, je crois bien que ce qui l’intéresse, c’est les cocktails. Tu sais, je ne l’ai même pas vu broder un napperon à ta naissance mais, à la réflexion, et c’est ce qui m’étonne, je me demande comment elle t’a laissé faire du ballet depuis que tu es toute petite. Il faut dire que j’ai insisté .
Tu sais ce qu’elle me disait ? « A force de marcher avec ces ballerines, Agnés aura la colonne vertébrale déformée » » Je lui en ai tellement fait voir qu’à la fin elle a compris qu’elle ne pouvait pas s’opposer à moi sur ce point. D’ailleurs ton éducation musicale, ça me concerne et tu ne t’en portes pas plus mal, il me semble. Ce sera toujours ainsi jusqu’au jour où on m’enterrera. Mais en attendant que j’ai un pied dans la tombe, ma petite, tu m’accompagneras à chaque spectacle, de Rio à Beyrouth. Qu’elle soit contre ce voyage au Liban, pire qu’elle ne veuille pas que je t’emmène ici, à Baalbeck ! Je n’en reviens pas encore. Le Liban, dangereux, pays de terroristes et j’en passe ; je l’ai laissée parler et hop nous voilà ! Si au moins elle avait ouvert je ne dis pas un livre d’histoire , mais seulement un guide touristique de poche ; Baalbeck pour elle c’est pire que d’aller sur la lune ou aux antipodes.
Est-ce qu’elle sait qu’ici devant ces colonnes, se sont déroulés les plus beaux spectacles de ma génération ? Non, évidemment. Tu vois, Agnès, tu n’étais pas née malheureusement sinon tu m’aurais accompagnée. A cette place, j’ai assisté au plus merveilleux ballet de mon existence. 1964. Je m’en souviendrai jusqu’à ma mort. Noureiev, cet ange de la nuit. Je le vois encore évoluer avec cette grâce, cette sensibilité que personne n’a égalée jusqu’à présent. Je ne me trompe pas , c’était le Ballet Royal de Londres. Et Béjart, mon enfant. Quel homme merveilleux, quel talent. Je n’ai jamais raté ses représentations. Quand ? Tu veux tester ma mémoire. Mais, ces soirs là sont inscrits en lettres de feu dans ma tête, mon petit. Tu ressembles à ta mère sur ce point. Vous êtes toujours à me tendre des pièges. Vous vous dites : la mamie, elle ne sais plus ce qu’elle dit. Tu peux me battre aux échecs mais alors sur ce point tu ne m’auras pas. Bon, je te réponds pour ne pas te faire languir davantage : c’était avec la merveilleuse troupe du 20 ième siècle ; en 63 la première fois, 66 et 72 ensuite. Tu peux vérifier quand nous serons de retour à Paris en ouvrant ton encyclopédie. Si je me trompe, je t’achèterai avant la fin de cette année un nouveau violon ; je te l’aurai offert de toutes manières mais tu gagneras au change. Les jeunes, vous êtes toujours pressés. Descendons ces marches et cessons de nous reposer près de ces colonnes comme ces stupides touristes. Ils n’ont rien compris les pauvres, toujours le nez en l’air. Mais Baalbeck, ce n’est pas seulement ça. A propos, regarde ces blocs comment ils tiennent. On n’a rien inventé de mieux. Tu ne peux même pas glisser une feuille de papier entre ces deux pierres. Et pas de ciment, tu peux me croire, ton grand père quand je l’amenais ici, il n’en revenait pas, lui qui était incapable de poser correctement le carrelage de la salle de bains. Je lui pardonne, au moins, il ne rechignait pas à me suivre ici. Il me disait juste avant sa mort. “ Charlotte, vous croyez qu’un jour il reprendra votre cher festival ? ” ” Il ne disait pas notre festival, il savait bien que c’était le mien et quand je l’entraînais Place de l’Opéra pour acheter nos tickets, je me souviens de ses phrases : “ “ Ma chère amie n’oublions pas de prendre le Figaro en passant pour que je lise les petites annonces. ” ” Il faut dire que je prenais tout mon temps et je faisais enrager tout le personnel de l’agence. Je voulais les meilleures places. Ils me disaient. “ “ Mais Madame, cette rangée est réservée à l’Ambassadeur d’Allemagne ! ” ”. Moi, tu me connais, je ne voulais rien savoir, je répondais du tac au tac : si vous croyez que je vais voir Orphée sur ce strapontin, vous vous trompez. Orphée, que je réfléchisse. 1962, une pièce sublime de Gluck. Trois ans plus tard, en 1965, le scandale, ma chère ! L’horreur, cette agence : “ “ Chère Madame vous nous aviez demandé de vous réserver votre fauteuil, pour Mozart, c’est fait depuis six mois ” ”. Aux premières loges ! disait la perruche du comptoir. C’était pour Don Juan. Je sais, tu n’aimes pas trop l’opéra, mais crois-tu que j’allais accepter d’être à la cinquième rangée ? Elle m’a entendue, la pauvrette. A la fin ils étaient tous tellement dégoûtés qu’ils ont fini par me placer au deuxième rang, j’ai cédé. Je lui avais dit au directeur de l’agence : prenez tout votre temps, cher Monsieur, quand vous me donnerez ma réservation, je pourrai peut-être rentrer chez moi. Je vais faire attendre mon petit Caramel, mon petit chat persan, mais pour une fois, Caramel, il attendra. Je lui faisais un peu honte à Armand ton cher grand père mais dans des cas comme celui là, il n’osait pas ouvrir la bouche ; j’ai accepté pour lui, la deuxième rangée, ce n’était pas l’idéal. Mais Il me faisait pitié à la fin coincé sur sa chaise à l’agence, il ne lui restait plus à lire que la notices nécrologiques du Figaro. A propos sais-tu que mon défunt mari était l’ami intime de Cocteau ; je te l’ai dit ? Tu es sûre, tiens, je ne m’en souvenais plus. Regardes cette tête de lion. Eh bien, elle me fait penser à lui, à ce grand poète. Quel sculpteurs ces Romains quand j’y pense ! Tu vois, j’aime bien Rodin et ses femmes statues au jardin des Tuileries quand je me promène avec mon teckel. C’est beau, c’est du Rodin, c’est notre Rodin, mais ce lion, personne n’a réussi à l’imiter. Bon, mettons-nous à l’ombre un moment.
Oui, tu as probablement raison, des sanguinaires, les Romains avec leurs combats de gladiateurs. Un peuple assoiffé de sang ? N’exagérons pas, c’était des artistes avant tout ; regardes cette crinière, mais revenons à Cocteau, où ai-je ma tête ? Je disais que Cocteau était un grand ami de la famille. Il nous a emmené ici le premier soir de sa pièce. La Machine infernale; c’était en 56, on inaugurait le festival, j’ai pleuré ce soir-là. Dans la fosse, il y avait l’orchestre symphonique d’Hambourg. Cocteau a joué comme un dieu. A partir de ce moment, je m’étais juré de revenir sur ces marches. Tu vois ce temple de Bacchus? Il a accueilli Dieu sait combien de troupes et d’artistes. En 74, je me tenais là à cette place précise. J’ai sauté au cou de Fayrouz cette merveilleuse chanteuse libanaise. Je l’ai embrassée sur les deux joues. Quelle grande dame, quelle voix émouvante. Marchons un peu, si tu veux bien. Je te disais Fayrouz, Avec elle, on sentait le pays, tu respirais la mer, l’air de la montagne des cèdres. Ce n’était pas comme avec les danses folkloriques libanaises ; du rythme il y en avait, mais ça me laissait toujours froide mais par contre Olga ! Tu te souviens d’Olga qui nous a quittées il y a deux ans. Je sais, tu ne l’aimais pas trop, elle en faisait un peu trop, à son âge avec sa perruque, elle croyait donner le change. Eh bien, figures-toi qu’elle était ravissante il y a trente ans de cela. Elle avait un faible pour la troupe de Caracalla ! Je la comprends, il y avait des danseurs avec un corps merveilleux ; je crois, si mes souvenirs sont bons, que l’un d’entre eux avait fini par tomber amoureux d’elle. Que je te fixe une date. En 74. C’est bien ça. Elle m’avait envoyé une carte postale de Baalbeck qui était arrivée avant notre retour à Paris et il y avait un mot de son petit ami. Il faut dire qu’elle avait une sacrée personnalité. En tout cas, moi, je ne venais que pour tout ce qui était classique. Le moderne, le jazz par exemple, je n’étais pas toujours pour. J’ai toujours pensé que ces colonnes s’accordaient mieux avec le théâtre, l’opéra, les grandes symphonies. Alors les danses modernes, très peu pour moi. De toutes façons, je t’ai toujours dit, Agnès, que j’exècre le jazz, bien que mon Ella, oui Fitzgerald, c’est un cas à part. Quelle année ? Attends, je ne me trompe pas. Il y avait bien Charles Mingus en 74, John Baez la même année, Miles Davis le fameux trompettiste en 73, donc Ella, c’est bien en 72, non, finalement tu me corriges si je fais une erreur c’était en 71 ; elle a chanté deux années de suite. Et quelle voix chaude, mes enfants. Elles peuvent s’accrocher tes copines, les minettes d’aujourd’hui. Il n’y a pas à comparer. Je m’en souviens, son micro était tombé en panne, elle a continué comme si rien était en chantant plus fort. C’était fantastique, tu peux me croire. Bon, j’ai la gorge sèche d’avoir tant parlé et avec ça, tu dois en avoir assez de m’entendre pérorer, tu vas continuer toute seule ma grande. Après tout, en deuxième d’année d’architecture, il y a des choses qui doivent t’intéresser ici et c’est pour cette raison que tu m’as accompagnée ; je te laisse et je redescends me reposer au Palmyre ; je parie que tu n’as pas vu le livre d’or de l’hôtel. Quand tu rentreras, avant de passer dans ma chambre, jettes-y un coup d’œil. Tu trouveras tous les grands de ce monde, de mon monde : ce cher Jean Louis Barrault, quel comédien et Jean François Rampal. Tu dois bien avoir quelques CD de ce merveilleux flûtiste chez toi. Quel interprète : Vivaldi, Haydn, Bach. J’y pense, tu vas sûrement voir la signature de Rostropovitsch, mon grand pianiste adoré. Bon, je dois m’arrêter, il y en a tant d’autres qui sont passés par ici. Ils reviendront, mon petit et ce sera encore le triomphe. Baalbeck le mérite. Dix sept ans de silence, quelle honte pour les Libanais et pour nous les Européens qui n’avons rien fait pour eux. Et il y en a qui prétendent que la guerre est utile à l’humanité. Ceux qui parlent ainsi sont des vendeurs de canons, un point c’est tout. Ne nous énervons pas. Je vais finir par t’ennuyer avec mes souvenirs. En tout cas, ne t’attardes pas avec les petits vendeurs qui vont essayer de te refiler des soit-disantes pièces de monnaies romaines ; je suis stupide, ton grand père quand il tenait sa boutique d’antiquités au Louvre, il avait toujours un moment à lui pour te parler de ses collections. Je ne vais pas m’en faire pour toi et bien malin, celui qui pourra rouler la nièce du plus grand numismate de la place de Paris. Allez à tout à l’heure !
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